Comédien, acteur, danseur, et même chanteur à ses heures perdues, Joaquim Tivoukou est un véritable artiste aux multiples facettes. Dans Eki, la série phénomène diffusée sur CANAL+ où il incarne Jérémie Tsanga, il explore les méandres d’un personnage complexe, tiraillé entre addiction, amitié et quête de rédemption. À travers cette interview, Joaquim revient sur son expérience dans la série, partage son regard sur les relations hommes-femmes, s’exprime sur les violences basées sur le genre, et nous offre un aperçu sincère de l’homme en plus de l’artiste. Rencontre avec un talent captivant et engagé.
Jérémie est un personnage complexe, marqué par la douleur et la quête de renouveau. Préparer ce rôle a-t-il été difficile ? Comment as-tu abordé les aspects sombres de son parcours, comme son addiction ?
Interpréter Jérémie a été un vrai défi, en particulier sur le plan spirituel. J’ai grandi avec une certaine crainte des pratiques ancestrales par manque de connaissance sur le sujet. C’est en échangeant avec des initiés et notamment un maitre bwiti que j’ai pu enterrer mes peurs. Je me sens proche du personnage de Jérémie parce que comme lui je suis quelqu’un de loyal, j’ai déjà connu une déception amoureuse et plein d’autres traits de caractère qui m’ont permis de nourrir mon jeu d’acteur. Quant à son addiction, je l’ai abordée comme un combat interne, une sorte de personnification de sa lutte contre lui-même. J’ai échangé avec des anciens consommateurs de drogues dures comme la cocaïne ou l’héroïne pour mieux saisir ce qu’ils avaient traversé. Personnellement, ma plus grande addiction est peut-être le sucre mais cette expérience m’a permis de comprendre que toute addiction cache le plus souvent une douleur profonde jamais avouée.

Jérémie et Eki ont une relation très forte, presque fraternelle. Selon toi, qu’est-ce qui rend cette amitié si spéciale, et comment cette dynamique évolue-t-elle dans cette nouvelle saison ?
La relation entre Jérémie et Eki est très touchante. Ils se connaissent depuis tout petits et s’aiment d’un amour inconditionnel. Je les vois comme des jumeaux tant ils se connaissent parfaitement bien. Peu importe les difficultés qu’ils traversent ils sont toujours présents l’un pour l’autre. Et leur relation pose le débat de l’amitié homme-femme. Quelles sont les limites ?…
Dans la série, Jérémie est un soutien précieux pour Eki. À ton avis, pourquoi est-il important de montrer des personnages masculins capables de vulnérabilité et d’entraide dans les fictions africaines ?
Je pense qu’il faut casser cette image de l’homme africain sans faille. En proposant des personnages qui embrassent leur vulnérabilité, on envoie un message fort aux jeunes spectateurs. Identifier ses faiblesses et ses peurs ne doit pas être une honte mais une force pour avancer.
Jérémie ne se cache pas pour pleurer, il assume pleinement sa sensibilité. Aujourd’hui en 2024 on sent que la parole se libère chez les hommes afrodescendants. Les fictions africaines sont là pour bousculer les mœurs.
En tant qu’acteur, qu’as-tu appris sur toi-même en jouant Jérémie, et y a-t-il des moments où ce rôle a résonné avec tes propres expériences ou émotions ?
Incarner Jérémie m’a conforté dans l’idée que j’étais fin prêt à endosser des rôles importants et complexes. Jéremie est le personnage qui me ressemble le plus parmi tous ceux que j’ai interprétés. C’est justement là qu’il ne faut pas faire l’erreur de croire que, parce qu’un personnage nous ressemble il n’y a pas de travail à fournir, c’est tout le contraire.
Jérémie découvre que son histoire cache bien plus que ce qu’il imaginait. Sans spoiler, qu’est-ce qui te passionne dans cette intrigue autour de sa « destinée » et de son rôle dans la quête de vérité d’Éki ?
C’est la découverte d’un pouvoir qui est en sa possession depuis le début. Ce voyage spirituel à travers la forêt.
Pour dire vrai, on aimerait savoir ce qui nous attend dans cette saison 2 d’Eki. Possible d’avoir 3 révélations inédites ?
1 : De l’action, 2 : de l’amour et 3 : du bwiti (rires).
Bon, j’en donne une seule : Jérémie et Hugues vont encore s’affronter dans l’arène.

La série met en lumière des luttes personnelles et sociétales, notamment à travers la quête de justice d’Eki. Nous sommes actuellement dans les 16 jours d’activisme contre les violences faites aux femmes, quel message souhaiterais-tu faire passer en tant qu’acteur, mais aussi en tant qu’homme ?
Je suis satisfait d’avoir joué dans la série EKI. Cette femme en plus d’être le personnage principal reprend le contrôle de sa vie malgré les obstacles. C’est une femme libre, moderne et forte qui ne recule devant rien. S’il y avait plus de Eki ou de Jérémie dans nos sociétés africaines, les relations n’en seraient que plus saines.
Chaque homme devrait être un allié et non un concurrent voire pire un bourreau pour sa femme. Il faut redonner une place centrale à l’amour et au respect mutuel entre hommes et femmes.


