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Accueil Ayana

[Interview] Marie Madeleine Mbassi ou entreprendre pour valoriser la culture africaine

par Grâce TEAM AYANA
17 juin 2020
Durée de lecture :7 mins de lecture
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Marie Madeleine Clarisse MBASSI est consultante en stratégie de communication et Directrice exécutive de l’Industrie Royale Africaine JENGU. Âgée de 41 ans, elle est née dans le littoral Cameroun de deux parents de lignée royale. C’est cette souche royale qui l’a inspirée à créer son groupe JENGU. Cette industrie basée à Dakar est spécialisée dans la confection de vêtements et accessoires de mode fait main avec des tissus authentiques africains. À travers son industrie, c’est toute une action de valorisation de la culture africaine que Marie Madeleine entreprend. Elle veut que les africains réalisent toute la richesse de leur patrimoine. 

 

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Comment est née l’industrie JENGU? .

Depuis toute petite en France, je me passionnais pour le dessin de mode. Je reproduisais les vêtements que je voyais dans les magazines et mon maître à l’école primaire à Créteil avait repéré ce don et conseillé à mon père de m’inscrire à l’école des Beaux Arts de Paris.

Cependant, mon père ne voulait rien entendre et rêvait plutôt de me voir poursuivre une carrière de magistrat ou d’avocat. Je pense qu’il trouvait peut-être ces métiers plus honorables que le dessin d’art ou la couture.
Après quelques années passées en France, je commençais à me lasser du territoire et de plus, je me livrais à une débauche qui obligea mon père à me ramener au Cameroun.

Mon retour et mon adaptation ne fut pas facile car j’étais un peu acculturée au début. Mais par la suite, je me suis sentie bien parmi les miens et j’ai continué mes études dans mon pays où j’ai notamment eu mon DSTIC ( Diplôme en Sciences et Techniques de l’information et de la communication ) de l’Ecole Supérieure des Métiers de la Communication de Yaoundé.

J’ai commencé à travailler comme responsable de la Communication Institutionnelle à la Caisse de Sécurité Sociale du Cameroun et 7 ans plus tard j’ai été recruté comme consultant en Communication pour le développement à UNICEF.

Au Cameroun, j’ai été énormément influencée par ma feue mère qui était couturière et qui cousait toujours ses vêtements traditionnels elle-même, notamment le célèbre Kaba Ngondo qui est l’apparat traditionnel de ma tribu. Ma grand mère qui est mon ancêtre ange gardien a aussi présidé à la naissance de cette industrie de mode.
Durant mes missions humanitaires, j’ai commencé à m’habiller avec des vêtements brodés et des boubous pour imiter le style Sénégalais que je trouvais très imposant et royal.

C’est de là que tout est parti. J’allais passer des heures chez mon designer à l’époque Samba Diaw et je regardais comment il cousait mes habits impressionnée par son habilité et son doigté en haute couture.

Je crois que c’est sans doute à ce moment que j’ai vraiment senti que j’étais en phase avec ce secteur d’activité.

Quelques années après, j’ai juste saisi la perche qui m’était tendue en venant travailler au Sénégal de créer la maison de couture JENGU et mettre en place une industrie de confection artisanal du fait main.

Dites-nous plus sur les activités de JENGU

JENGU dans ma langue maternelle signifie Déesse de l’eau. C’est l’ancêtre féminin que nous vénérons dans ma tribu et que nous allons rencontrer à la mer quand nous avons un problème ou que nous souhaitons obtenir une faveur spéciale.

L’univers JENGU a plusieurs branches notamment la branche couture et artisanal où nous réalisons des vêtements et accessoires de mode sur mesure en détail en associant les client(es) au processus créatif. Il y a également la branche business où des opérateurs économiques à travers le monde peuvent nous contacter pour leur fabriquer un important lot de vêtements, chaussures artisanales, sacs et bijoux, leur faire tisser des pagnes ( Baoulé faso danfani et kenté) ou encore des tableaux, sculpture, mobilier de maison, vaisselle etc.. purement traditionnel africain.

Nous réalisons pour nos clients des pièces uniques de collection royale africaine selon leurs goûts et envies avec des matières premières 100% africaines qui leur permettent de vivre une expérience authentique de luxe réservée aux Rois et Reines africaines qu’ils sont, tout en leur donnant la possibilité de participer à la promotion des projets solidaires pour le soutien et la promotion de l’artisanat Sénégalais, Malien, Sud Africain,Ivoirien etc… et Africain en général.

Nous sommes spécialisés dans la confection de sacs à main et de voyages, des chaussures artisanales et bijoux ethniques avec des extractions de cuir de peau de serpent, vache, chèvre, crocodile etc mais aussi des tissus authentiques comme le bogolan, pagne tissé, kenté, fibres de raphia etc….que nous confectionnons sur commande et livrons à nos clients à travers le monde.
Mais aussi la confection de pièces de collection rares et précieuses avec des perles africaines mais aussi du bois, du rafia, du cuivre, du bronze et de l’argent.

Nous voulons faire vivre à nos clients la même expérience luxe que celles que font vivre Louis Vuitton ou Chanel à leurs clients mais avec des matières premières issues de notre terroir et continent.

Pourquoi était-ce important pour vous de revaloriser l’histoire africaine à travers votre entreprise ?

Je pense que notre continent a beaucoup à offrir et ceci particulièrement dans l’industrie Royale vestimentaire Africaine. J’essaye d’amener le maximum de personnes à changer leur regard et leur perception sur le design africain et leur faire comprendre que nous sommes vraiment chanceux de posséder ce beau patrimoine et qu’il faut le promouvoir et le valoriser au maximum.

Vous parliez justement dans un épisode de votre podcast du rapport entre identité africaine et vêtement…

L’Africain était un Roi et une Reine par une série de codes et coutumes qu’il respectait et qui lui donnait la suprématie sur les forces de la nature et les autres civilisations.
Mais en plus de cela, nos Rois et nos Reines que ce soit chez les Zulu en Afrique du Sud, au Benin, au Mali et en pays haoussa pour ne citer que ceux là avaient une manière particulière de s’habiller. Ce code vestimentaire n’était pas le fait du hasard.
Il représentait la distinction de ce peuple parmi tous les autres peuples et le socle sur lequel reposait sa puissance ancestrale.
Dans l’Afrique traditionnelle, rien n’était fait ni mis au hasard. On faisait attention et chaque vêtement ou bijou que portait nos ancêtres envoyait un code à la nature et possédait une symbolique sacrée.

Certains peuples de la forêt s’entouraient de bijoux talisman confectionné avec des pierres connectives et des formules sacrées qui permettait à l’unité de se protéger ou d’attirer à lui plusieurs forces positives nécessaires à sa croissance et son bien être.

De même, certains vêtements avec des imprimés animaux par exemple ont une symbolique sacrée auprès des peuples d’Afrique australe et Centrale car ils symbolisent la force animale du félin ou reptile qui garde nos tribus sur le plan traditionnel.
Certains chefs supérieurs les portent en connaissance parce qu’ils sont initiés mais nôtre rôle avec JENGU est aussi de participer à cette éducation traditionnelle qui manque aux africains et qu’ils ont perdu du fait de la colonisation et du manque de transmission orale.

À lire aussi: [Culture] 5 masques ivoiriens et leurs significations

Quelle est votre histoire avec la réappropriation de votre identité africaine ?

Je pense qu’ici c’est toute une biographie mais je vais essayer de synthétiser. Je suis héritière de « la marmite » de ma grand mère comme on dit chez moi. Ce qui veut dire que bien qu’étant morte, elle continue de me guider et me montrer le chemin. Ma grand mère était une Reine Sawa et une guérisseuse traditionnelle. Elle était clairvoyante ( une sorte de medium), elle pouvait regarder quelqu’un et lui dire exactement de quoi il souffre et le soigner. Mais aussi, elle prédisait l’avenir. Parallèlement à cela, elle était couturière elle aussi et toujours très coquette.
Je suis héritière sur le plan traditionnel de sa chaise au village et de ses dons et charismes. Tout le projet JENGU au moment de sa mise en place m’est venu en rêve par sa guidance ancestrale et celle de sa fée dont j’ai hérité.

Elle est venu me voir en rêve juste avant que je me marie et m’a dit: « voici ce que je souhaite que tu ailles réaliser au Sénégal sur la terre de nos ancêtres. »

C’est elle qui nous a inspiré le nom JENGU à mon compagnon et moi à l’époque où nous réfléchissions à l’ossature du projet.

Elle m’a aussi clairement montré sur quelle terre devait se réaliser le concept m’expliquant que nous venons du Sénégal sur le plan ancestral d’une tribu de l’eau qui se nomme Lébou ( tribu de pêcheurs et initiés de l’eau ) dont j’ai pu confirmer l’existence ici au Sénégal.

En gros, je ne fais pas trop d’efforts. Bien sûr, je travaille d’arrache pied comme tout entrepreneur pour faire connaître mes produits et services mais j’ai la chance d’avoir en plus cette guidance dont je suis à la lettre les consignes.

Comment avez-vous fait votre éducation culturelle?

Par les orientations de ma grand mère et de son génie ancestrale qui est une fée de l’eau qui protège mon clan et ma famille depuis des générations. Elle a commencé à me parler depuis toute petite et me donner des indications claires et précises sur tout ce que j’allais vivre comme expérience et sur tout ce que je devais faire pour vivre en paix et en harmonie avec la nature.
Je suis averti de tout ce que je dois vivre des mois à l’avance parfois des années et j’ai des jours bien précis où je vais à la mer recevoir des enseignements traditionnels en tant que initiée des secrets de l’eau.

Quels sont vos futurs projets?

Nous comptons mettre en place une ligne de restaurant typiquement africaine ici au Sénégal baptisée les « petits plats de JENGU »dont nous avons amorcé les travaux.
Acquérir plusieurs villas pour les transformer en résidence d’hôtes pour les clients qui veulent venir faire du tourisme au Sénégal et qui veulent une décoration de luxe typiquement africaine et enfin, nous avons une gamme JENGU Cosmétiques qui est en préparation pour réparer les peaux des femmes abîmées par les produits éclaircissants.

Un message à faire passer à la jeunesse africaine?

Déjà, félicitations à votre magazine qui est une belle référence. Ensuite, je souhaite encourager la jeunesse africaine à se reconnecter à ses valeurs traditionnelles.
Rentrer dans ce qui constitue le socle et la prospérité de nos sociétés traditionnelles d’auparavant notamment nos us et coutumes positives, notre propre forme de spiritualité sacrée et le vêtement Royal Africain et ses accessoires qui nous distingue.

 

À lire aussi: [Culture] Quand la culture traditionnelle se fait plus proche de la population

Etiquettes: businessculture africaineentrepreneureEntrepreneuriatjengu
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