Grossesses à l’école : Rêver (grand) pour inverser la tendance

Marie-France Kouakou Overcome grossesses milieu scolaire Ayana

Le phénomène des grossesses est plus que jamais une plaie pour l’école en Côte d’Ivoire. Selon les données statistiques du ministère ivoirien de l’éducation nationale, 5 833 cas de grossesses en milieu scolaire ont été enregistrés sur toute l’année scolaire 2020-2021. Une triste réalité contre laquelle une Ayana dévouée se bat à travers un projet : Dream Attitude. Elle, c’est Marie-France Kouakou, experte en genre et présidente de l’ONG Overcome Women, engagée dans l’éducation, la lutte contre les VBG et l’autonomisation des femmes. Nous l’avons rencontrée.

De nos enquêtes dans les villes de l’intérieur du pays, nous avons pratiquement 83% des filles de 10 à 15 ans et 70 % âgées de 12 à 15 ans qui ont un petit ami, et affirment avoir déjà avoir eu des rapports sexuels pour la plupart non protégés – Marie France Kouakou, Présidente de l’ONG Overcome Women

Bonjour Marie-France. Dites-nous, concrètement, c’est quoi le projet Dream Attitude ?

Dream Attitude est une caravane qui vise à sensibiliser et à maintenir les jeunes filles à l’école. L’objectif est de leur faire comprendre que les études sont la priorité. Car nous nous sommes rendu compte que sur le terrain beaucoup d’entre elles n’arrivent pas achever leur cursus scolaire en raison de grossesses. Alors, on s’est dit « Qu’est-ce qu’on peut faire pour pouvoir aider ces jeunes filles ? ».

C’est ainsi qu’on a décidé d’aller de ville en ville pour leur parler, les éduquer, les encourager à faire les bons choix. Et nous l’avons fait de novembre 2021 à avril 2022. Pour cette phase pilote, nous avons parcouru 2 communes d’Abidjan, 4 villes de l’intérieur du pays, et pu toucher 4 000 filles dans les établissements scolaires.

Depuis la première édition, avez-vous l’impression que votre voix est entendue ?

Je peux répondre que oui. En raison des témoignages de filles et de parents, mais aussi à cause de l’engouement autour de notre initiative. Quand nous avons entamé la caravane, il était prévu de faire seulement deux villes parce que nous n’avions pas les moyens de parcourir toute la Côte d’Ivoire. Mais après la première étape qui s’est faite à Koumassi, des partenaires se sont manifestés et ont bien voulu nous accompagner pour la suite du projet. On a aussi reçu de nombreux messages des autres villes pour demander la présence de la caravane Dream Attitude dans leurs écoles.

Vous avez parlé de témoignages, pouvez-vous nous en partager ?

Il y en a un qui me vient à l’esprit. C’est celui qui m’a le plus choquée. C’était dans la zone de Zuénoula (centre ouest du pays). Là-bas, les mamans sont tellement apeurées par le risque de contraction d’une grossesse que dès que leurs filles arrivent au collège ou au lycée, elles vont directement avec ces dernières chez les infirmiers pour leur faire des injections de contraceptifs ou faire placer des implants. Puisque à partir de 12 voire 13 ans, les filles sont déjà sexuellement actives. Et donc la caravane Dream Attitude est venue comme un soulagement pour ces mamans.

De ce que vous avez pu voir sur le terrain, quelles sont les principales causes des grossesses en milieu scolaire ?

Les causes sont multiples. On a des filles qui sont enceintes pour cas de viols, d’autres du fait de la paupérisation dans les villes de l’intérieur, d’autres encore le manque de moyens des parents pour assurer l’avenir des enfants. En plus de tous ces cas, les jeunes filles ne savent rien de la sexualité, elles ne savent pas gérer le cycle menstruel donc elles sont vulnérables face aux dangers.

Quelles sont les solutions que propose votre ONG ?

  • Déjà, pour celles qui sont sexuellement actives, on travaille à les éduquer sur la sexualité en leur parlant du planning familial, des contraceptifs, des rapports sexuels, des maladies sexuellement transmissibles et comment les éviter…
  • Et ensuite, pour celles qui n’ont pas encore de vie sexuelle, on les sensibilise à garder leur virginité, à prendre garde. Parce que ça ne sert de mettre son avenir en péril à vouloir faire comme les autres.
  • Aussi, nous faisons et continueront de faire des plaidoyers au gouvernement pour que le système des internats revienne dans les écoles. Cela évite beaucoup de choses telles que le viol, les harcèlements sexuels et la liste est encore longue.

L’ONG Overcome Women encourage également la scolarisation de la jeune fille, parce qu’aujourd’hui le monde se développe avec la femme et tout son savoir-faire.

Vous avez récemment lancé Dream Attitude 2e édition. A quoi doit-on s’attendre cette fois et pour quel impact ?

La première innovation, c’est un film, un court-métrage. Parce qu’on a voulu rentrer dans le quotidien des jeunes avec des scènes qu’ils vivent tous les jours, consciemment ou inconsciemment.  Ils ont entre 10 et 20 ans et tout ce qui les intéresse, ce sont les réseaux sociaux. Ils aiment le ” buzz” donc on leur en donne en les enseignant.

La deuxième innovation se situe au niveau des actions que nous comptons mener. Nous comptons inclure des professionnels en santé sexuelle et reproductive sur nos différents stands pour permettre aux jeunes filles et même aux jeunes garçons de venir échanger avec eux, de pouvoir leur poser toutes sortes de questions liées à leur sexualité sans aucune gêne, sans aucune honte et sans réticence.

La deuxième phase de la caravane commence en décembre pour s’achever en juin 2023. Les villes et communes ciblées sont : Adjamé, San Pedro, Soubré, Sassandra et Abengourou.  On sillonne les villes avec la caravane pendant que les élèves sont encore à l’école. Et on espère cette fois toucher au moins 5 000 élèves, filles et garçons compris.

Un dernier message pour nos jeunes Ayanas ?

Mon message à toutes les jeunes filles qui me lisent est simple :

Les études en priorité, le sexe après. Il faut croire en ses rêves, se battre pour eux et se donner les moyens de les réaliser. C’est possible !

 

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Nahadjenin Seleho

 


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