Fatimatou Zahra Diop ou l’affirmation du leadership au féminin

Fatimatou Zahra Diop

Précision ! Voici le trait de caractère qui pourrait vous marquer d’emblée chez Mme Fatimatou Zahra Diop. Son parcours témoigne de son leadership mais aussi d’une maîtrise de son domaine d’expertise. Pur produit de l’école sénégalaise, elle est la première et jusque-là, la seule femme d’abord Directrice nationale de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) et ensuite Secrétaire Générale de la BCEAO. En plus d’une riche carrière dans cette haute institution, Fatimatou est une femme inspirante, qui affirme le leadership féminin au quotidien.

Mme Fatimatou Zahra Diop, qu’est ce qui a motivé le choix, si c’en est un, d’une carrière dans la Banque ?

Je ne dirais pas qu’au départ ce fut un choix particulier de faire carrière dans le secteur de la banque. En réalité, ayant fait des études en économie, après l’obtention de ma maîtrise en sciences économiques, j’ai réussi au concours d’entrée à la banque et j’ai par la suite intégré la BCEAO après 18 mois de formation au Centre Ouest Africain de Formation et d’Études Bancaires (COFEB).

Vous avez été la première femme Directrice nationale et ensuite Secrétaire générale de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’ouest (BCEAO) et jusque-là, la seule à occuper une telle fonction au sein de cette haute institution bancaire. Quelles ont été vos plus grands défis durant ce mandat ?

Le poste de Secrétaire générale de la BCEAO est l’aboutissement d’une carrière. Je me souviens que l’un de mes plus grands défis a été la prise en charge d’un gros chantier de réformes alors que j’étais encore à la direction chargée de la réforme des systèmes et moyens de paiement. Il s’agissait de procéder à la modernisation des systèmes interbancaires de paiement pour les huit pays membres de l’UEMOA avec la mise en place d’un système de règlement brut en temps réel (STAR-UEMOA) pour les opérations de gros montant, d’un système de compensation automatisée (SICA-UEMOA) pour les paiements de détail et d’un système de paiement par cartes (GIM-UEMOA). C’était un véritable défi dans la mesure où il s’agissait d’accélérer et de sécuriser le règlement des paiements interbancaires. Ce faisant, c’est la vie des banquiers qui se transformait dans tous les pays de l’union ainsi que les opérations de paiement de la clientèle. Il fallait que tout le monde soit mis à niveau au plan technique, au plan réglementaire mais surtout la manière de pratiquer le métier de banquier. C’était un gros défi !

Fatimatou Zahra Diop

De plus en plus d’entreprises sont aujourd’hui sensibles à la parité. Qu’en est-il aujourd’hui du secteur de la banque et des finances ?

Le secteur financier s’est maintenant beaucoup “ féminisé ” du point de vue de son management. Beaucoup de dames occupent des postes de direction au sein d’institutions financières, comme c’est le cas dans plusieurs banques telles que la SGI (Société de Gestion et d’intermédiation, nldr) qui est dirigée par une femme. Mais c’est vrai qu’à l’époque où je débutais ma carrière, il n’y avait pas autant de femmes que maintenant au niveau du management.

 

A la retraite depuis 2014, vous êtes aujourd’hui encore plus engagée à travers la fondation AFRIVAC destinée à assurer le financement de la vaccination des enfants et membre de plusieurs conseils d’administration parmi lesquels le Women’s Investment Club (WIC). Quel a été déclic de cet engagement pour votre communauté ?

C’est juste une continuation. Partant de mon éducation et de ce en quoi je crois, il m’importe de continuer à donner le meilleur de moi-même au service de ma communauté. Donc, que ce soit une fonction dans une entreprise ou une fonction sociale, on a un rôle à jouer, surtout lorsqu’on a capitalisé une certaine expérience. 

Prendre sa retraite de la Banque centrale avant l’âge de 60 ans n’est pas une raison de prendre une retraite de la vie (Rires) ! Dans la mesure où j’ai encore la vigueur et où mes compétences peuvent servir, il s’agit de continuer à vivre et d’apporter ma contribution partout où je peux être utile. 

 

Le renforcement du rôle de la femme fait partie des leviers de croissance économique. Le Women Investment Club (WIC) s’inscrit dans cette dynamique, et en tant que membre du conseil d’administration de WIC Capital, comment évaluez-vous le statut actuel de la femme entrepreneure en Afrique francophone ?

Au niveau de WIC, nous avons une association qui regroupe plus de 80 membres. On s’est rendu compte qu’il y avait un certain nombre de difficultés au niveau du développement de l’entreprenariat pour les femmes. Des contraintes notamment liées à l’accès au financement bancaire, mais surtout des difficultés pour trouver les ressources appropriées pour développer une entreprise. Pour nous, l’entreprenariat féminin ne devrait pas être limité à la microfinance, aux petits métiers ou encore à l’informel, etc. Notre ambition est d’avoir des championnes dans les secteurs où elles évoluent. 

 

Nous ne contentons pas de donner de l’argent, mais nous accompagnons les femmes entrepreneures à travers la formation, le conseil et l’appui afin que leurs structures grandissent, deviennent des championnes et se pérennisent.

 

En mettant en place un fond d’investissement, nous avons remarqué en analysant la situation que l’essentiel des femmes entrepreneures sont encore des PME et que 1/5 de ces entreprises meurent avant d’atteindre les 5 ans. Nous accompagnons en capital pour participer aux fonds propres de l’entreprise afin de lui permettre de faire les investissements dont elle a besoin pour pouvoir grandir. 

Avec le WIC Association, nous avons cotisé et nous avons réuni plus de 600 millions FCFA qui nous ont permis de créer WIC Capital. C’est le fond d’investissement avec lequel nous investissons dans les différentes structures.

En plus de cet aspect financier, il y a ce besoin technique de développement des compétences d’où la mise en place du WIC Académie.

WIC Académie apportera la formation et le mentorat des membres de l’association dans divers secteurs d’activités comme la pharmacie, la pêche, et d’autres secteurs à des entrepreneures.  Chacune des membres selon ses compétences pourra les former dans les secteurs où elles souhaitent s’investir.

Lors de votre mandat, quelles actions avez-vous posez pour plus de parité à la banque centrale ?

Nous avons introduit cette reconnaissance et la célébration de la journée de la femme, une prise en charge des questions de genres dans les nominations et cela s’est traduit effectivement au niveau de la Banque par le souci d’équité au niveau des postes de direction.

Quand j’étais directrice nationale de la BCEAO, il y avait autant de chefs de service femmes que d’hommes. Et à la Banque centrale, l’équité genre a été une vraie préoccupation.

 

Quel message pour les jeunes Ayanas qui ont l’ambition de poursuivre une carrière dans le secteur de la Banque ?

Que l’on soit dans le secteur de la Banque ou ailleurs, de manière générale, ce qui compte dès le départ pour que les jeunes réussissent, c’est la compétence. Ensuite, il faut avoir confiance en soi et en ses capacités et ne pas fixer de limites.

 

Il y a aujourd’hui de plus en plus de structures qui se fixent des politiques où elles essaient d’avoir une équité au niveau de la représentation des femmes dans les postes de direction.

 

Votre dernier mot ?

Je considère qu’il y a beaucoup moins de contraintes psychologiques à l’accès des femmes aux postes de responsabilités. Il y a aujourd’hui de plus en plus de structures qui se fixent des politiques où elles essaient d’avoir une équité au niveau de la représentation des femmes dans les postes de direction.

Je pense que c’est un combat de tous les jours car rien n’est acquis. Il faut qu’on se fasse respecter par nos compétences et qu’on ait confiance encore une fois en nous-même.

Ce que je remarque souvent, c’est que les hommes quand ils considèrent qu’ils sont compétents, ils revendiquent cette position. Les femmes sont par contre beaucoup plus discrètes. Elles font le travail qu’il faut, elles sont très compétentes parce que pour arriver à un certain niveau, elles ont dû déployer beaucoup plus de compétences que leurs collègues masculins mais elles ont souvent des réticences à se mettre en avant. C’est quelque chose qui existe. Nous toutes, nous avons une manière plus timide d’aborder les choses mais je crois que c’est en train de changer, il faut que ça change ! (Rires)

Fatimatou Zahra Diop

Signé Fatou Bintou

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