Faire ce qu’on aime, être patient et s’inspirer de notre culture, notre histoire : l’un des secrets de la réussite de Magatte Diop. A l’occasion de son passage à Abidjan pour le Forum du luxe 2e édition, la fondatrice et directrice générale de la Thelma Business School nous a accordé une interview. A cœur ouvert, la business woman nous a parlé de son parcours avec son établissement d’excellence, de l’avenir du luxe en Afrique et partagé de précieux conseils pour entreprendre avec succès.
Dites-nous, comment nait l’idée de Thelma Business School ?
En 2015, après une vingtaine d’années dans le marketing et la communication auprès de multinationales, avec mon mari déjà entrepreneur académique, nous avons réalisé l’importance d’accompagner des secteurs ou des métiers d’avenir. En 2015 et encore aujourd’hui, l’hôtellerie, la restauration et le tourisme sont des secteurs en pleine expansion. Et il fallait former des ressources compétentes en formation initiale mais également en accompagnement des professionnels. Thelma Business School est donc née, avec une première spécialisation dans ces trois secteurs. Au fil du temps, notre offre de formation s’est agrandie avec entre autres la maroquinerie, la parfumerie, la beauté cosmétique, la joaillerie, l’horlogerie et il y a bien entendu la mode de luxe.
Faire le choix d’implanter une telle école en Afrique de l’Ouest (Sénégal) est finalement risqué ou payant ?
C’est un peu risqué parce qu’aujourd’hui ce qu’on rencontre vraiment c’est une forte adhésion des jeunes. Avec le Baccalauréat, ils veulent évoluer dans la mode, l’hôtellerie, les métiers du luxe c’est une passion ou même parfois ils ont un projet dans ces secteurs. Ce ne sont pas des nouveaux secteurs, mais ils restent méconnus des parents. Et c’est la toute la difficulté.
En revanche, des professionnels, on en reçoit beaucoup qui ont envie d’acquérir de nouvelles compétences ou de mettre à jour tout simplement celles qu’ils ont déjà.
A ce jour, quels sont vos principaux défis et succès ?
On s’est fixé comme ambition d’accompagner des secteurs confrontés à une problématique Ressources Humaines, en formant des jeunes en formations initiales c’est-à-dire cours du jour Bac + 3, Bac + 5. Mais aujourd’hui peu de gens arrivent au Bac et il faut quand même que toute cette jeunesse africaine puisse trouver sa voie, puisse tracer sa carrière. On a donc l’ambition de se lancer bientôt sur la formation professionnelle aussi, dans un premier temps à partir d’un niveau brevet mais demain pourquoi pas en langue nationale.
Pour ce qui est des succès, je pense que le plus grand, c’est la reconnaissance professionnelle. Aujourd’hui, on a plus d’une centaine d’étudiants qui sont sur le marché et quand on retourne dans les entreprises où ils sont placés, elles nous disent toute leur fierté et leur satisfaction.
Il y a aussi, la reconnaissance de l’un de nos diplômes en Hôtellerie et restauration par l’autorité nationale qui valide la qualité et qui permet de passer au CAMES a été également une belle récompense pour nous.
Selon vous, quel avenir de l’industrie du luxe en Afrique ?
C’est une industrie qui a énormément de potentiel. On n’a pas moins de créateurs qu’ailleurs, on n’a pas moins de talents qu’ailleurs. Mais quand on demande à un individu lambda de citer 10 marques de luxe, aucune marque de luxe africaine ne va émerger à coup sûr sauf si c’est quelqu’un du secteur. Et l’ambition, c’est de porter ces marques sur le podium et les mettre en avant sur le marché. Il faut que les acteurs du luxe en Afrique soient formés. On peut avoir un excellent produit, bien fini avec des matières de qualité, mais ce n’est pas suffisant, tant qu’on n’y a pas associé le volet managérial. Il faut trouver quel est le bon prix, mettre le produit là où il faut le mettre, lui faire porter un nom, raconter toute une histoire derrière nos marques.
Vous êtes une entrepreneure à succès en Afrique. Quels conseils pour les Ayanas qui voudraient vous emboiter le pas ?
Je dirais, quand on a une passion ou même si c’est un début d’intérêt mes chères sœurs, essayez de faire quelque chose que vous aimez. Aujourd’hui, beaucoup de jeunes pensent qu’il n y’a pas de travail en Afrique. Je ne suis pas d’accord. Il y a énormément à faire en Afrique. Cette richesse de l’artisanat, de notre culture. Et parfois je donne un exemple simple, notre histoire, notre culture, l’histoire de nos rois est tellement riche qu’on ne peut que s’en inspirer.
Il faut savoir être créatif, avoir des idées, les amplifier et les emmener au bon moment. Et surtout être patient. La patience, je pense que c’est un maitre mot parce qu’aucune grande marque, aucune industrie créative ne s’est développée du jour au lendemain. Donc beaucoup de patience et être curieux par rapport à sa culture, par rapport à sa géographie, par rapport à son histoire. Dans ces trois, on trouve tout !
Pascale Andrée & Nahadjenin Seleho



