Pour Pâque, un artiste numérique ivoirien revisite la Passion du Christ sous un prisme africain.
La Semaine Sainte, dans le catholicisme, est un chemin à la fois extérieur et intérieur. Chaque croyant est invité à marcher symboliquement aux côtés du Christ, de la Cène à la Résurrection. Mais comment se réapproprier ce récit universel, quand il a longtemps été représenté par des visages, des gestes, des symboles qui ne nous ressemblent pas ?
C’est à cette question que répond David-Josué Oyoua, artiste numérique ivoirien, dans une série de 21 compositions visuelles qui réinterprètent la Passion du Christ à partir de cultures africaines.
Un travail de représentation, de réancrage, mais aussi d’interpellation : et si le sacré pouvait parler notre langage et porter nos habits ?

Le sacré, source de controverse
Pour rappel, ce n’est pas la première fois que David-Josué propose une approche africaine du sacré. En 2020, dans sa relecture visuelle de la scène du sacrifice d’Isaac, l’ange qui intervenait pour stopper Abraham y était représenté par un modèle albinos, ce qui avait suscité une vague de réactions sur les réseaux sociaux.
Certains y voyaient la persistance d’un regard occidentalisé sur le divin. D’autres y lisaient un jeu visuel subtil, une recherche d’équilibre et de contraste. L’artiste s’était défendu en évoquant un choix purement artistique, sans intention idéologique.
Cette polémique, bien que vive, a contribué à affirmer sa posture : celle d’un artiste qui assume le risque d’interroger, de bousculer, de composer autrement avec les récits fondateurs.
Une fresque spirituelle enracinée
L’idée de cette série sur la Semaine Sainte est simple : revisiter les grandes scènes de la marche du Christ avec une approche contemporaine, des modèles locaux et une mise en avant du patrimoine culturel de différents peuples africains.
À travers 21 tableaux, David-Josué Oyoua élargit intentionnellement le traditionnel Chemin de croix pour en faire une fresque complète du sacrifice, de la chute, de la rédemption et de l’espérance.Chaque tableau devient une station aussi bien spirituelle que culturelle.

Sous nos traits, dans nos tissus
Le choc visuel opère immédiatement : les personnages de la Passion portent les tenues traditionnelles africaines, notamment ivoiriennes (baoulé, kroumen, dan…), burkinabé, maliennes, etc.
Cette incarnation des récits bibliques dans des visages et des textures familiers crée une proximité immédiate — mais surtout, elle interroge : pourquoi avons-nous toujours vu ces histoires sous d’autres traits ? Pourquoi si peu d’images religieuses nous ressemblent ?
Par ce geste simple mais puissant, David-Josué rend visible ce qui était tenu à l’écart.
Dieu qui est si Grand, ne pouvait-Il pas se reconnaître aussi dans de tels tableaux ? S’Il est pour tous, Il devrait bien l’être pour ce qui nous est propre aussi, non ?

De l’art dans les rues
Au titre de son actualité, depuis le 16 avril dernier, dix des œuvres de David-Josué Oyoua sont exposées à Bingerville, sur les panneaux publicitaires de l’axe Abatta, dans le cadre du projet Bing’Art porté par Kultur Community. Une façon pour ce talent ivoirien d’emmener ses tableaux dans la rue, à la rencontre des regards de monsieur et madame tout le monde.
Noura Koné



