[Interview]Edith M. Diop, pilote d’avions de ligne

Il m’a fallu près d’un an pour aboutir à la diffusion de cette interview mais le jeu en valait la chandelle. Je l’ai découverte il y a quelques années et j’ai tout de suite été fascinée par le parcours de cette jeune dame, qui à 25 ans, faisait déjà parler d’elle en tant que “plus jeune pilote de ligne” à Air Côte d’ivoire… Quatre ans plus tard, elle a posé ses valises au-delà de nos frontières, tout en continuant d’exceller dans l’aviation.

AyanaWebzine : Présente-toi.

Salut à vous, communauté des Ayanas! Je m’appelle Edith Mala Diop et comme vous pouvez vous en apercevoir de par ma dénomination, je suis une métisse de plusieurs horizons. Franco-sénégalaise de par mon père et Ivoiro-allemande de par ma mère. Le fait d’avoir grandi et vécu à Abidjan détermine une grande partie de ma personnalité. Je suis ivoirienne avant tout!

AW : A quand remonte cette passion pour l’aviation?

EMD : Ma passion remonte à ma petite enfance. J’ai été exposée depuis mon plus jeune âge à cet univers extraordinaire qu’est l’aviation, entourée de pilotes de ligne dont mon père et mes oncles.
Comme Obelix, je suis tombée dans la marmite quand j’étais toute petite malgré moi! Cependant, ce n’est véritablement qu’à mon entrée au collège que je décide de devenir pilote de ligne. Cela à fait suite à la disparition prématurée de mon père, ancien Commandant de Bord à la multinationale Air Afrique.

 

Edith Diop 3

AW : Quel est ton parcours professionnel ?

EMD : Après avoir obtenu mon baccalauréat scientifique au lycée français Blaise Pascal, je suis entrée en école d’aviation, Institut aéronautique à Amaury de Lagrange en France. Après quoi, j’ai tout de suite voulu rentrer chez moi en Côte d’Ivoire. J’ai donc débuté au bureau d’études d’Air Ivoire qui n’engageait pas de pilote à ce moment-là, puis un an plus tard en tant qu’officier pilote de ligne dès l’ouverture du recrutement. Hélas, la Compagnie n’a pas survécu à la crise que traversait le pays et a déposé le bilan. Fort heureusement, Sénégal Airlines m’a embauchée aussitôt. Cela a été l’occasion pour moi de renforcer mes liens avec la Terranga. En quête d’horizons nouveaux, j’ai finalement décidé de m’installer au Moyen orient, plus précisément au Qatar, où Je réside depuis 4 ans.

 

AW : Quelles sont les qualités qu’il faut pour être un bon pilote?

EMD : En toute chose il faut être passionné. C’est le secret et spécialement dans ce métier qui prend énormément de soi. À cela il faut rajouter le goût pour le voyage, la technique et la précision, détester la routine, aimer la diversité. Nous sommes aussi amenés à travailler avec des personnes différentes et d’origines variées chaque jour. Il faut donc être tolérant et ouvert d’esprit. Enfin, il faut être au bout du compte un excellent manager et leader, n’ayant pas peur de prendre des décisions, d’être prêt à assumer toute la responsabilité qui lui incombe et ses conséquences.

 

AW : Être une femme dans ce domaine, un avantage?

EMD : Cela est inhabituel je vous l’accorde, même si notre nombre à énormément augmenté ces dernières années.
Toutefois, il faut comme partout ailleurs s’imposer par sa rigueur et son professionnalisme. Etre une femme ne doit pas être un critère de sélection pour quelque raison que ce soit.

edith diop

AW : Avec ce métier, tu es amené à voyager énormément. Comment arrives-tu à concilier vie de couple et ce job de “globe-trotter”?

EMD : Ce n’est pas évident, mais pour moi, tout est une question d’organisation et de logistique.
J’ai également la chance d’avoir un époux compréhensif, ce d’autant plus qu’il est du même corps de métier que moi.

AW : Quels sont tes projets?

EMD : J’aimerais poursuivre et faire évoluer ma carrière au Qatar tout en suscitant des vocations chez les jeunes, et plus particulièrement des jeunes femmes Africaines.

AW: Quel est la citation qui te définirait le mieux?

EMD : Je dirai celle de l’incroyable Maya Angelou, poétesse, activiste afro-americaine et figure importante du mouvement américain des droits civiques : “you may encounter many defeat but you must not be defeated. In fact, it may be necessary to encounter defeats, so you can know who you are, what you can rise from, how you can still come out of it”.

EDITH DIOP 1

AW : Un dernier mot pour les ayanas qui souhaitent devenir pilote?

EMD : Il faut avoir de la persévérance et surtout de la confiance en soi. Ne vous laissez pas décourager et vous faire dire que c’est un métier exclusivement masculin. Vous êtes les maîtresses de votre destinée. Comme dirait une très bonne amie, Azeenata Wilson-Gray dans son livre Reflexion of our soul : “Remember, your soul, your choice, your path”
Alors allez-y, foncez !

Propos recueillis par Edith Brou
*credit-photos : Ange Anglow


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