[ITW] Seynabou Thiam, fondatrice de la communauté de mamans YAAY

Seynabou Thiam est née et a grandi au Sénégal. Elle y vit toujours avec sa famille. Agée de 39 ans, elle est maman de deux enfants. Ce rôle n’étant pas des plus faciles, elle eut l’idée de créer une communauté de mamans sénégalaises qui pourraient s’entraider entre elles. Nous avons eu le plaisir de rencontrer cette maman 2.0 au cours des ADICOM DAYS et de parler de cette communauté.

 

Comment avez-vous eu l’idée de Yaay?

Yaay est né en réponse aux besoins récurrents qui étaient exprimés par toutes les femmes, à savoir comment je trouve de l’information qualifiée qui peut me permettre de prendre des décisions au quotidien. C’est comme ça qu’on a créé ce premier groupe au Sénégal, il y a 5 ans maintenant entre yaay (maman en wolof) pour qu’elles échangent. Le fait d’être parent, la clé, c’est l’expérience des autres. J’ai l’habitude de dire que toute situation à laquelle une maman est confrontée aujourd’hui, une autre maman est passée par là. Il faut donc juste demander comment elle a fait pour s’en sortir. Aussi, le fait d’avoir du volume dans les commentaires permet d’avoir une moyenne, des tendances qui aident à prendre une décision.

 

Quelle est la préoccupation des mamans sénégalaises?

C’est d’aller vite. Elles ont énormément de choses à faire; elles ont leurs carrières, elles veulent faire des enfants, elles ne veulent pas faire un choix entre les deux, elles veulent être des épouses. La préoccupation majeure est donc de trouver un équilibre entre toutes ces casquettes.

 

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Avez-vous d’autres activités à part Yaay?

Yaay n’est pas une activité; c’est une marque. En tant que telle, elle fait partie intégrante de notre portefeuille. On développe cette marque. A côté, on a des clients et ces clients nous approchent pour les aider à créer des communautés, notamment des communautés de femmes. Les clients qu’on a reçu ces derniers temps sont des clients qui accompagnent des femmes entrepreneures. Ils nous demandent aussi de les accompagner sur les questions du digital, les femmes qui entreprennent et qui devraient de plus en plus utiliser le digital pour être plus efficace et avoir plus d’opportunités, le fait aussi de connecter ses femmes entrepreneures pour qu’elles travaillent ensemble et ainsi créer de vraies chaînes de valeurs.

Lors du Meet-Up Série Maïtresse, organisé par Yaay

Quelle a été votre parcours avant de créer Yaay?

Rien à voir avec le digital. J’ai fait des études de biologie médicale et travaillé dans des laboratoires pendant près de 10 ans. Quand je suis rentrée au Sénégal et qu’on a créé ce Yaay et qu’on a voulu en faire un business, j’ai complètement changé de carrière mais dans une dynamique complètement autodidacte parce que je n’étais pas du tout formée. J’ai toujours eu cet attrait pour les nouvelles technologies. Geek, j’étais très connectée. ça fait partie de ma personnalité. Ce n’était donc pas compliqué mais après ce qui a été compliqué, c’est de se professionnaliser et d’avoir une certaine expertise.

 

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Quelles sont les difficultés rencontrées en tant qu’entrepreneure?

L’entrepreneuriat, c’est tous les jours avec son problème. Le problème majeur, c’est stabiliser son business model, c’est-à-dire comment je fais de l’argent et quelles sont les ressources que je mets en place pour faire cet argent. Souvent, au départ, on peut savoir comment faire de l’argent mais on n’a pas les moyens d’investir ces ressources. Nous, globalement au départ, c’était de trouver des personnes avec qui travailler et des clients pour pouvoir rémunérer ces travailleurs. Autre chose, c’est d’avoir un business qui tient la route et qui est cohérent. On peut être tenté d’être dispersé. Aujourd’hui, notre business est segmenté en deux pôles: communauté de femmes et accompagnement des femmes autour du digital.

 

Lors des Olympiades Yaay

Comment vous faites pour gérer vie de famille et vie professionnelle?

J’ai la chance d’avoir un mari extraordinaire. Je dis que j’ai de la chance parce que je sais que c’est quelque chose qui n’est pas commun. souvent, on me le dit. Certaines femmes me le disent. C’est une vraie réalité en Afrique où on est encore dans des carcans culturels dans lesquels on doit demander la permission à son mari pour faire un certain nombre de choix dans sa vie. Mais moi aujourd’hui, j’ai ce soutien. C’est important d’avoir un mari qui me soutient et qui me laisse faire ce que j’ai envie de faire de ma vie. Aussi, je n’y arrive pas. J’essaye. J’ai les mêmes problèmes que toutes les mamans. Je me sens coupable quand j’aligne 3-4 jours où je rentre très tard. Je me sens coupable quand ils ont eu des mauvaises notes. J’ai les mêmes problèmes que tout le monde. Aucune n’est parfaite. On essaie de faire de notre mieux. L’essentiel, c’est d’être volontaire dans cette manière de vouloir faire les choses bien et de ne pas se la jouer en disant “je suis parfaite”. C’est ça aussi le problème des femmes, on se jette à la figure cette pression “je suis parfaite. Je fais tout bien.” Moi, j’aligne 3-4 jours, j’ai des cernes. Mais ce n’est pas grave. Je suis juste fatiguée. Le jour où on assume cette part de faiblesse et d’imperfection en nous, tout va bien.

 

Quel conseil donneriez-vous aux ayanas mamans?

Fuyez les mamans parfaites !

 

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