[Interview] Sarah Traboulsi à la tête de Seedballs CI, une entreprise écologique

Participer à la lutte contre le réchauffement climatique, c’est ce à quoi se dédie dorénavant Sarah Traboulsi, entrepreneure depuis plus de vingt ans. Quand elle s’interroge sur le sens de sa vie, elle découvre une initiative intéressante au Kenya pour reboiser le pays: SEEDBALLS. Elle décide donc d’importer le concept dans son pays, en Côte d’Ivoire. Et depuis, elle s’active pour faire retrouver à la Côte d’Ivoire son couvert forestier. 

Qu’est ce que SEEDBALLS Côte d’Ivoire ?

SEEDBALLS CI est une jeune entreprise ivoirienne dont les missions visent à créer de la valeur économique tout en veillant à résoudre des enjeux sociaux et environnementaux.
Aujourd’hui partout dans le monde, ce type d’entreprises ‘’hybrides’’ commencent à naître. En effet, quoi de plus gratifiant que de travailler en aidant l’humanité de quelque manière que ce soit ?

Qui se cache derrière cette initiative ?

A l’origine de ce projet, une belle rencontre : une société qui exploite ce concept depuis trois (3) ans au Kenya et qui a une reconnaissance internationale autour du sujet.
Convaincue de pouvoir rendre service à ma nation qui a perdu plus de 80% de son couvert forestier en quarante (40) ans , je décide de créer SEEDBALLS CI avec l’appui technique de SEEDBALLS Kenya.

Je suis Sarah TRABOULSI, 49 ans, mère de 4 enfants et entrepreneure depuis 20 ans.
Dans  ce virage de vie où l’on se demande “Qu’ai-je fait ? bien fait ? fait ce qu’il fallait ?”, ou encore “que vais-je laisser de mon passage sur terre?”, il était important pour moi de donner un véritable SENS à une reconversion professionnelle que je voulais depuis quelques années.

Le projet de participer à la reforestation de façon si extraordinaire en le rendant accessible à TOUS, je dis bien à TOUS, m’a semblé tout simplement ÉPOUSTOUFLANT. Je ne pouvais donc le garder pour moi seule (rires).

Pourquoi avoir lancé SEEDBALLS en Côte d’Ivoire ?

D’abord, il faut savoir que les effets du réchauffement climatique ne concernent pas que la CI, le problème est mondial. Mais c’est surtout une très grave crise qui est entrain de foncer sur nous.
J’ai assisté à une conférence sur le sujet et j’ai eu très peur. Peur pour nos enfants, pour les générations futures. Comment pouvons-nous dire que nous les aimons plus que tout au monde et saccager ainsi leur avenir ?
Alors je me suis documentée, j’ai fait des recherches. Dans toute cette quête, j’ai appris que la première solution naturelle pour y remédier est de créer des FORETS PRIMAIRES MULTI-ESSENCES.
Et là, je me rends compte que ce n’est pas si simple. Cela coûte beaucoup d’argent et les États n’ont pas forcement les moyens etc.…
Alors, lorsque je rencontre les initiateurs de SEEDBALLS Kenya, et que je vois qu’avec leur méthode on peut révolutionner les choses, je n’hésite pas une seule seconde ; je décide de me lancer dans ce combat et produire des SEEDBALLS en Côte d’ivoire avec nos espèces locales et ainsi de pouvoir participer à reboiser mon pays et initier déjà quelque chose.

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Quels sont les objectifs de votre initiative ?

Ils sont simples. Ils s’articulent autour d’un trio que j’appelle les 3 P.
PERSONNES – PLANÈTE – PROFIT.
En tant qu’entreprise commerciale, nous devons faire du profit pour survivre. Mais nous avons en ligne de mire de créer beaucoup d’emplois car nos seedballs sont faits de façon artisanale sans aucune énergie fossile. Nous avons ainsi sollicité des femmes et des jeunes à qui nous pourvoyons des petits emplois ; Et bien sûr le grand objectif ultime est le reboisement de notre pays. Le besoin est colossal ; il y a énormément à faire.
Nous souhaitons ouvrir des petits sites de productions un  peu partout à l’intérieur du pays pour être au plus proche des zones à reboiser. Nous souhaitons également sensibiliser toutes les parties prenantes de la société pour qu’on se sente tous impliqués et qu’on s’engage à agir.
On peut planter des arbres partout: dans son école, dans son quartier, sur le site de son entreprise, dans son village, partout où il y a de l’espace disponible .

Comment marchent les seedballs ?

D’abord, il faut savoir que cela existait dans l’Égypte antique, puis a été revisité pendant la seconde guerre mondiale par le père de la permaculture Masanubo FUKUOKA. D’ailleurs, cette méthode porte son nom. Les kényans sont partis des travaux de FUKUOKA et ont adapté.

Les seedballs sont des graines de diverses essences, enveloppées dans une coquille avec des nutriments. Elles restent ainsi ‘’au chaud’’ pendant très longtemps jusqu’à les mettre dans la nature. L’épandage à grande échelle peut être fait à partir d’hélicoptère ou bien à vélo, à moto, en voiture ou tout simplement à la main. Là où la balle atterrira, au contact de l’eau, elle germera et deviendra un arbre.
Cela va complètement à l’opposé de ce en quoi nos ingénieurs croient. Mais revenons un peu aux basiques.
Les forets primaires ont-elles été créées ou entretenues par l’homme ? Non.
FUKUOA disait :<< faites confiance à la nature. Elle sait ce qu’elle a à faire. Donnez lui juste sa balle de graine>>.

Le but avec cette technique est bien de recréer les forets primaires, densifier celles qui existent et capter ainsi le maximum de carbone existant.

Quelles sont vos actions ?

Action de seedballs CI à Lopou

Nous venons tout juste de démarrer nos activités.
Je peux vous assurer que nos différents interlocuteurs nous ouvrent les portes avec beaucoup d’entrain et d’engagement.

Autant les services publics comme le Ministère des Eaux et Forets avec qui nous préparons de grosses actions, que les organismes internationaux tels la Banque Mondiale, les entreprises commerciales etc.…

Concernant le terrain, nous avons fait une opération  ce week-end dans le village de Lopou avec le soutien du collectif lycéen pour l’écologie du Lycée Français Blaise Pascal. Nous avons un calendrier comme cela qui devrait nous emmener une fois par mois sur un site différent.

 

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