[Interview] Marie-Christèle Adaé, productrice d’humour à Gondwana City Productions

Dans la République du Gondwana, une jeune femme tire son épingle du jeu. Elle porte à bout de bras plusieurs des projets de la maison de productions Gondwana City Productions. C’est elle qui est à l’œuvre sur Le Parlement du Rire, célèbre show diffusé sur Canal + ou encore sur le Gondwana Club, stand up hebdomadaire qui est devenu un incontournable des bons plans à Abidjan. Cette femme, c’est Marie-Christèle Adaé. Alors qu’elle se prépare pour la cinquième édition du festival Capitale du Rire qui se déroulera du 5 au 8 décembre 2019, nous l’avons rencontré dans ses bureaux.

Présentez-vous aux Ayanas

Je suis Marie-Christèle Adaé, une fière ivoirienne, une femme noire qui pense que « femme, noire et réussite » peuvent rimer. Je suis aussi la Directrice de Production de Gondwana-City Productions, la structure de Mamane et de Catherine Guérin Dagba.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

J’ai obtenu mon BAC série D au lycée Mamie Fêtai de Bingerville. À la suite de quoi, je me suis orientée en Sciences économiques. Puis, je suis sortie diplômée avec une Maîtrise en sciences de gestion de l’Université de Bouaké et un master 1 en finances. Ma carrière professionnelle a pris son envol grâce au hasard. Je venais de perdre l’emploi que j’avais dans les télécoms. Et, pour me faire un peu d’argent, j’avais l’habitude d’assister des équipes sur des tournages de plateaux TV. C’est comme cela qu’un jour, j’ai intégré le tournage d’un pilote pour une nouvelle émission, en tant que responsable du public. Ce pilote, c’était le Parlement du Rire. Ça a tout de suite été un énorme succès. Et j’ai intégré la structure en tant qu’Assistante de production, ensuite Chargée de Production, puis Directrice de Production.

Aujourd’hui, c’est l’émission d’humour la plus célèbre sur tout le continent et même au-delà. Nous venons de finir le 8ème tournage et ce n’est pas fini !

Parmi nos autres productions, on compte le long métrage Bienvenue au Gondwana, le grand festival d’humour Abidjan Capitale du Rire, le premier festival d’humour Africain en France Le Festival CFA, et tout un tas d’autres productions … Actuellement, nous sommes en plein lancement de la 5ème édition d’Abidjan Capitale du Rire qui, cette année encore promet d’être exceptionnel.

Décrivez ce que vous faites en tant que Directrice de production

Mon travail consiste à superviser toutes nos productions (long métrage, fiction, émission télévisée, spectacle vivant…) avec trois étapes majeures à chaque fois : préparation, tournage ou prestation scénique, puis post production, dans les délais et les budgets établis. Pour cela, il me faut monter les budgets, définir les besoins en personnel et matériel technique, constituer l’équipe de production avec le ou les producteurs, négocier les rémunérations et les contrats de travail, déplacer, loger, et nourrir tout le monde, monter la technique avec les différents chefs de poste, gérer le budget de production et enfin veiller à résoudre tous les problèmes (et ils sont nombreux ! ) qui arrivent malgré la planification que l’on essaie d’optimiser au maximum.

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Quelles sont selon vous les compétences requises pour être directrice de production ?

Avoir fait des études à ce niveau en sciences de gestion est indéniablement un plus, parce que c’est un métier de planification, anticipation, gestion de budget etc… Il faut aussi un grand sens de l’organisation, des qualités de management, savoir anticiper, et aussi savoir résister au stress et trouver des solutions à l’inattendu en temps réel !
Il faut aussi savoir tenir tête aux hommes, puisque ce secteur est principalement composé d’artistes et techniciens masculins ! Ils n’aiment pas toujours qu’une femme leur dise ce qu’ils peuvent faire ou ne pas faire !

Qu’est ce qui est le plus dur dans le métier ?

Le plus dur pour moi, c’est de porter un projet à bout de bras, en connaitre le potentiel, et ne pas le voir aboutir, faute de moyens financiers par exemple. C’est très frustrant mais ça fait partie du métier. On ne baisse par les bras, on y croit.

Comment choisissez-vous un projet à produire?

Déjà, ici on est au Gondwana : donc on ne choisit pas, on produit principalement toutes les idées géniales du Président Mamane (rires). Plus sérieusement, Mamane a une vision très claire et précise de là où il veut emmener l’humour et les humoristes africains, c’est-à-dire le plus haut et le plus loin possible. Les projets que nous produisons donc entrent généralement dans cette vision : ils valorisent l’humoriste et l’humour Africain. Ensuite, une fois que l’idée de Mamane ou de quelqu’un d’autre prend la forme d’un vrai projet digne d’intérêt, nous étudions sa faisabilité, les aspects financiers et/ou stratégiques, et les ressources qu’il nécessitera. Si tout ça est réuni, nous ferons de ce projet une merveille.

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“Gondwana Prod” produit les plus importants spectacles, films et séries humoristiques. Quel est celui sur lequel vous avez aimé le plus travaillé ?

On finit par aimer toutes les productions, parce qu’elles portent toutes notre sueur, nos espoirs, nos peurs et nos rêves … mais le beau bébé reste quand même Le Parlement du Rire. Nous sommes fiers des opportunités que ce programme TV offre à des dizaines d’humoristes. Je pourrais aussi parler du festival Abidjan, Capitale du Rire qui est à sa cinquième édition et qui propose une scène inédite des meilleurs humoristes africains sur quatre spectacles du 5 au 8 décembre.

Que pensez-vous du secteur de l’humour en Afrique ?

Il est sous-évalué. C’est tellement dommage. Il n’est pas professionnalisé et les femmes y sont très peu représentées… il y a beaucoup de choses à faire mais c’est ce qui le rend si prometteur. Et avec des sociétés comme Gondwana-City Productions, les choses commencent à bouger.

Un dernier mot ?

Oui, très chères Ayanas, « femme, noire et réussite » peuvent rimer. Essayons donc de faire rimer ces 3 beaux mots.

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