Jaha Dukureh, une militante gambienne de renommée mondiale, mène un combat acharné contre une pratique profondément enracinée dans de nombreuses communautés en Gambie: l’excision. Son parcours personnel en tant que survivante de l’excision motive chaque jour son engagement à lutter contre cette pratique. Chacune des actions de Jaha Dukureh vise à mettre impérativement fin aux mutilations génitales féminines (MGF). On vous dit tout sur le combat de cette militante chevronnée.
Une réalité alarmante !
En mars 2024, les données de l’UNFPA (Fonds des Nations Unies pour la population) stipulaient que 230 millions de filles et de femmes ont subi des MGF dans 25 pays du monde avec plusieurs pays africains en tête d’affiche tel que la Gambie.
Pire, depuis mars dernier des érudits religieux et des gardiens de la tradition veulent « ressusciter cette pratique » dans le pays. Cette possible réintégration de l’excision en Gambie s’observe depuis le projet de loi proposé par Almamy Gibba, le député de Foni Kansala devant l’assemblée nationale.
Pourtant la pratique de l’excision avait été criminalisée en Gambie en 2015. Date à laquelle l’ex-président Gambien Yahya Jammeh l’a qualifiée de pratiques qui marquent les femmes et les filles à vie. Tout en interdisant cette pratique qui n’a pas sa place dans l’avenir du pays. Cependant avec le projet de loi de Almamy Gibba encore en Assemblée, une possible réintégration de l’excision pointe du nez. Que devient donc le combat Jaha Dukureh ?
Jaha Dukureh, une survivante de l’excision
Née en Gambie, Jaha Dukureh a elle-même été victime de l’excision à l’âge de moins d’un an.

Mon histoire a démarré quand j’avais une semaine, c’est à ce moment-là que j’ai été soumise à la pratique des mutilations génitales féminines. Je n’ai aucun souvenir de la procédure, et je n’en avais pas conscience jusqu’à l’âge de 15 ans, quand on m’a forcée à me marier
Jaha Dukureh
Après avoir immigré aux États-Unis à l’adolescence (15 ans), elle a commencé à parler ouvertement de son expérience. De sorte à sensibiliser le public à l’impact dévastateur de l’excision sur la santé et le bien-être des femmes et des filles.
Son activisme a pris une ampleur internationale à l’âge de 20 ans. Lorsqu’elle a lancé une pétition en ligne appelant le gouvernement gambien à prendre des mesures concrètes pour lutter contre l’excision. La pétition a recueilli des centaines de milliers de signatures. Chose qui a fait réagir les autorités tout en marquant un tournant historique dans la lutte contre l’excision en Gambie.
Des actions impactantes
Jaha Dukureh a fondé en 2013 l’organisation «Safe Hands for Girls » (Des mains sûres pour les filles). Son initiative œuvre pour l’élimination de l’excision et d’autres formes de violences basées sur le genre. Son organisation travaille en étroite collaboration avec les communautés locales pour sensibiliser, éduquer et offrir des alternatives à l’excision, tout en fournissant un soutien aux survivantes.

Le travail de Jaha Dukureh a été largement reconnu et récompensé. En 2018, elle a été nommée envoyée spéciale des Nations Unies pour l’élimination de la mutilation génitale féminine. Un rôle qui lui permet de plaider en faveur de politiques et de programmes visant à mettre fin à cette pratique à l’échelle mondiale.
En 2016, le Time 100 (media) la désignée seule femme d’Afrique à faire partie des cent personnes les plus influentes du monde.
Malgré les progrès réalisés, la lutte contre l’excision en Gambie et ailleurs reste encore un défi complexe. Les obstacles culturels, religieux et socio-économiques continuent de contribuer à la perpétuation de cette pratique. Cependant, grâce au leadership et à la détermination de personnes comme Jaha Dukureh, il y a de l’espoir pour un avenir où toutes les filles pourront grandir en toute sécurité, sans craindre d’être soumises à une mutilation génitale préjudiciable.
(Image l’Oreal Paris et ONE)
Nahadjenin Seleho



