[Interview] Izabella Maya, actrice comédienne

D`origine ivoirienne, c’est par pur hasard qu’elle devint comédienne. Eh oui ! c’est après avoir exercé des métiers comme juriste dans un cabinet d’avocats, ou responsable relations presses-relations publics pour un journal; qu’elle s’intéresse au théâtre. Quoiqu’elle portait déjà du grain en elle. Ainsi , elle a joué avec autant de plaisir ”le Tailleur pour dames” de Feydeau que la Comédie ”des erreurs de Shakespeare”, en passant par des créations originales comme ”Vu d’en bas”, ”d’l’autre côté” de Karen Steinbach. Au cinéma, elle a déjà tourné dans plusieurs téléfilms et séries ainsi que dans ”le Magicien et les siamois” de Jean-Pierre Mocky, où elle donne la réplique à Gérard Depardieu. On peut également la voir dans ”Tourment”, un court-métrage de sensibilisation frisant le million de vues sur Internet. Elle enseigne l’art dramatique et l’improvisation à Paris et en Tanzanie. Elle c’est IZABELLA MAYA..

 Ayana : Du droit au cinéma, après avoir travaillé comme juriste dans un cabinet d’avocats et fait des relations publiques, qu’est-ce qui n’a pas marché ?

Izabella : Vous trouvez que je ne suis pas normale ? Vous n’êtes pas les seuls, il y a beaucoup de personnes qui pensent la même chose. Il se trouve que j’ai découvert cette passion pour l’art un peu tard. En fait, il a été naturel pour moi de tout laisser tomber pour me donner à plein temps à cette nouvelle activité. C’était très compliqué au début et ça l’est toujours mais je suis heureuse de faire ce que j’aime.

Ayana : Izabella et les planches, c’est un mariage pour la vie ? Ou bien Zazza a-telle d’autres ambitions après le cinéma?

Izabella : o Ha oui ! Le plaisir du jeu ne me quittera jamais. Mais je ne suis pas toujours sur les planches car j’aime aussi enseigner et partager. C’est pour cette raison que je donne des cours également. J’essaye de concilier la scène, le cinéma et l’enseignement, et c’est déjà très compliqué !

Ayana : Comment vous décrivez-vous ?

Izabella : Je suis une personne entière, fonceuse, qui a soif d’apprendre et qui aime découvrir. Je suis d’un naturel enjoué et j’aime les gens. Je suis souvent de bonne humeur mais je suis humaine, j’ai donc aussi mon petit caractère bien trempé.

Ayana : Que pensez-vous du cinéma africain et plus précisément du cinéma ivoirien ?

Izabella : Le cinéma africain est en plein essor mais il se heurte au manque d’offre de formations pour les futurs professionnels. Il y a aussi un manque de moyens, aggravé par la corruption. C’est comme cela qu’on voit se développer au Nigeria une industrie anglophone du cinéma fondée sur une production abondante à très petit budget. L’ Afrique regorge pourtant de talents et je pense qu’il y a une vraie place pour un cinéma africain francophone qui mise sur la qualité. La Côte d’Ivoire doit pouvoir en être le foyer ! Il faut lui donner les moyens de se développer et j’essaye modestement d’y contribuer.

Ayana : Izabella maîtresse de Gérard Depardieu, comment cela est –il arrivé ?

 

Izabella : Je précise que c’était un rôle ! Cela est arrivé par le plus grand des hasards. J’ai participé à un casting et j’ai été prise pour jouer le rôle de sa maîtresse et assistante. C’était une énorme et agréable surprise. Je ne vous dis pas la pression que j’avais. Mais heureusement les choses se sont déroulées superbement bien. Gérard est un homme adorable, avenant, professionnel, attentionné et drôle. Il sait mettre à l’aise ses partenaires et une fois sur scène, il est d’un professionnalisme qui force l’admiration et le respect de tous.

Ayana : Pourquoi accepter de venir jouer en Côte d’Ivoire quand on sait que généralement les choses ne tournent pas rond ici comme France ?

Izabella : Quand quelque chose ne tourne pas rond, on doit tout faire pour que ça tourne bien non ? (rire) Il n’y a pas de fatalité, chacun à sa manière peut apporter une pierre à l’édifice. La Côte d’Ivoire est mon pays d’origine et c’est pour moi une fierté d’apporter ici ce que je sais et par la même occasion d’apprendre aussi, car on ne finit jamais d’apprendre dans ce métier.

Ayana : Penses-tu que les Africains ont leur place dans le monde cinématographique où discrimination et favoritisme font rage ?

Izabella : Oui, bien sûr que les Africains ont leur place dans le monde cinématographique. C’est vrai que la discrimination existe, je pourrais vous en donner de nombreux exemples. Mais il ne faut pas nous arrêter aux échecs ou aux difficultés. Un acteur doit être vu et reconnu par son talent et non par sa couleur de peau, un point c’est tout. Il ne faut jamais désespérer de faire changer les mentalités. Tant que nous vivons, nous devons nous dire que tout est possible. On a en France l’exemple de Omar Sy et Aïssa Maïga, qui ont bien réussi. Donc si les rôles ne viennent pas, ce n’est pas grave, c’est à nous de nous bouger et de créer nos propres projets.

Ayana : Quels conseils pourrais-tu donner à toute cette génération de jeunes filles ou de femmes qui veulent embrasser ce métier de cinéaste ? le milieu est il dangereux ?

Izabella : Non le milieu n’est pas dangereux mais difficile. Très difficile. Et c’est vrai que comme dans beaucoup de domaines, les choses sont un peu plus compliquées pour les femmes. Mais nous ne devons pas nous arrêter à cela, nous devons au contraire nous soutenir pour avancer ensemble plutôt que de nous mettre des bâtons dans les roues. On peut faire beaucoup d’autres choses intéressantes que du cinéma mais si c’est vraiment ce qu’elles veulent faire, qu’elles se lancent sans hésitation. Il n’y a rien de plus beau que de faire un métier qui nous passionne.

Ayana : Sur ton profil Facebook, nous avons découvert sur l’un de tes postes qu’entre Obama et Gohou, tu préfèrerais te marier avec Gohou (rires). Gohou parce que vous avez les planches en commun ? pourquoi pas le président Obama ?

Izabella : Décidément on ne peut rien vous cacher hein (rires). Oui c’est mon post du 1er avril… Je prends Gohou parce que Goumin Goumin d’Obama là sera trop. Avec Gohou au moins on se gère. On dit bien qu’il faut sécher ton linge là où ta main arrive non ? En même temps est mieux avec Gohou. Donc toutes les autres gos là, quittez et laissez moi mon Gohou (rires).

Ayana : Que ressentez vous à la fin d’un spectacle ?

Izabella : Déjà, au début d’un spectacle, je me demande chaque fois dans les coulisses ce que je fais là. Je suis prise d’un léger stress et c’est la boule au ventre que je monte sur scène. Une fois sur scène, j’oublie ce stress et je me donne à fond. Et enfin, à la fin du spectacle, la pression retombe et je me dis chaque fois que j’ai fait le bon choix de faire ce métier et que j’ai vraiment de la chance d’avoir cette reconnaissance du public sans lequel on n’est rien. Pourvu que cela dure encore de nombreuses années.

Ayana : Izabella Maya, Tatiana Rojot c’est la fierté du cinéma ivoirien à l’étranger, n’est-ce pas ? avec Isaac de Bankolé, qui lui aussi déjà fait ses preuves avec 24heures chrono…

Izabella : Oui c’est vrai. C’est une fierté et un honneur pour nous de voir que nous faisons la fierté du cinéma ivoirien à l’étranger. Il ne faut pas non plus oublier Marguerite Abouët, ma sœur et mon mentor, qui est l’auteur d’Aya,de Yopougon et qui fait énormément pour la promotion du cinéma africain et ivoirien.

Ayana : Quels sont les projets d’Izabella Maya ou sinon son agenda actuel ?

Izabella : Je suis en négociation pour plusieurs projets de films et séries mais je ne peux pas en parler tant que ce n’est pas acté. Les lectrices et lecteurs pourront suivre mes activités sur les réseaux sociaux !

Ayana : Qu’est-ce que Zazza aime manger ?

Izabella : Dans les plats ivoiriens, le foufou vient en premier. La sauce feuille suit de près. Je n’oublie pas la bonne pépé soupe et aussi la sauce graine avec tout dedans : crabe, escargot, pieds de bœuf… Voilà, vous m’avez mis l’eau à la bouche maintenant ! J’attends votre invitation deh.

Interview réalisée par J. Koffi


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