[Littérature] 10 choses à savoir sur “Noire n’est pas mon métier”, le livre de 16 actrices noires qui dénoncent le racisme dans le cinéma

10 choses à savoir sur Noire n'est pas mon métier

En librairie depuis le 03 Mai 2018 en France notamment, le livre collectif des actrices Aïssa MaïgaFrance Zobda, Eye Haïdara, Karidja Touré, Rachel Khan, Maïmouna Gueye, Assa Sylla, Sonia Rolland, Mata Gabin, Magaajyia Silberfeld, Nadège Beausson-Diagne, Sabine Pakora, Shirley Souagnon, MariePhilomène Nga, Firmine Richard, Sara Martins fait parler de lui. On vous présente 10 choses à savoir sur ce livre qui pourrait changer beaucoup de choses dans l’industrie cinématographique.

1. Le livre témoignage d’un milieu encore raciste et sexiste

Dans “Noire n’est pas mon métier“, ces 16 actrices à travers des anecdotes, des remarques qu’on leur a faites et des scènes qu’elles ont vécues dénoncent le racisme et le sexisme qui gangrènent l’industrie du cinéma français. “On n’est pas dans une accusation stérile, on est là plutôt pour dénoncer un système, un état de fait qui perdure depuis trop longtemps”, confiait Aïssa Maïga au micro de France Inter le 4 mai dernier.

couverture du livre Noire n'est pas mon métier

2. C’est Rokhaya Diallo qui lui a donné l’idée d’écrire ce livre à Aïssa Maïga, initiatrice du projet

Rokhaya Diallo

Aissa Maiga révèle dans une interview accordée à Konbini, que c’est Rokhaya Diallo, journaliste et activiste de la cause raciale qui lui a donné l’idée du livre:

En 2017, j’ai écrit le texte qui est devenu le prologue du livre. En me lançant, j’ignorais totalement que ça deviendrait Noire n’est pas mon métier. En janvier dernier, je voulais vraiment que ça bouge, que ça aboutisse à quelque chose.

J’ai donc fait lire ce que j’avais rédigé à des personnes autour de moi. Et j’ai une amie, Rokhaya Diallo, qui m’a dit : “En fait Aïssa, tu as écrit quelque chose qui sera dans un bouquin.” Ça m’a un peu renversée. Je pensais plutôt en faire une tribune. Je ne savais pas trop en réalité. Elle avait en tout cas raison. Ça pouvait devenir un bouquin à condition que ce soit collectif.

 

3. Certaines actrices revendiquent “un droit à la banalité”

“Plus de 300 films français sont produits chaque année”, rappelle Aïssa Maïga. Les femmes noires sont peu nombreuses mais elles sont en plus cantonnées à des rôles stéréotypés: la prostituée, la femme célibataire à problèmes… Les actrices Karidja Touré et Eye Haïdara revendiquent donc un droit à la banalité, le droit de jouer tous les rôles, le droit de ne pas être cantonné à un type de rôle juste parce qu’on est noire.

 

4. Les réflexions aberrantes faites à Nadège Beausson-Diagne

L’actrice qui a joué dans Plus Belle La Vie notamment raconte dans le livre ce qu’elle a souvent entendu pendant des castings.  Vous parlez africain ?”, “Pour une Noire, vous êtes vraiment intelligente, vous auriez mérité d’être blanche” ou encore “Oh, la chance, d’avoir des fesses comme ça : Vous devez être chaude au lit, non ?”.

 

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5. Aïssa Maïga, actrice principale mais qui n’est pas sur l’affiche de son film

Aïssa Maïga, initiatrice du projet Noire n'est pas mon métier
L’actrice Aïssa Maïga

Aïssa Maïga, dans son témoignage évoque avoir participé à une comédie romantique avec un acteur mais sur l’affiche du film, il n’y avait que lui. Elle dit: ‘”J’ai joué dans une comédie romantique et c’est la seule de tous les temps sur (l’affiche de) laquelle il y a uniquement le personnage masculin. C’est pas juste, c’est pas normal, c’est pas le film. […] Mon partenaire, unique héros d’une histoire d’amour devenue taboue, règne, glorieusement placardé, seul avec lui-même.” On sait que le film (même si elle ne l’a pas dit ouvertement) est l’Âge d’Homme avec l’acteur Romain Duris. 

 

6. Une différence de salaire injustifiée et injuste

Firmine Richard révèle: “Dans une comédie à succès, nous étions quatre comédiennes principales. J’ai appris que l’une d’elles, et je ne parle pas de l’actrice vedette, était cinq fois mieux payée que moi pour un nombre de jours de tournage équivalent. Elle-même était très choquée de découvrir la différence de salaire entre nous deux.”  Elle déclare à France info : “Nous ne sommes pas des cautions, ni des faire-valoir.[Il faut] que l’on nous paie à notre juste valeur.”

7. Quand Aïssa Maïga nous raconte l’anecdote sur le papier dans le magazine Elle

“J’avais un copain qui bossait pour Elle. Un grand métis, beau gosse, il se reconnaîtra. Un mec pacifiste. À cette période, j’avais pris une attachée de presse personnelle sur les conseils d’une amie. Je payais, ça me coûtait de l’argent. Bref, ce mec d’Elle a vu que j’ai joué dans L’un reste, l’autre part de Claude Berri aux côtés de Daniel Auteuil, Charlotte Gainsbourg, Pierre Arditi et Nathalie Baye. Il m’a dit qu’il allait en parler à la rédaction et proposer un portrait. On était presque en mission secrète. Psychologiquement, ce n’est pas rien. Le fait que j’étais encore inconnue ne posait pas de problème a priori puisqu’il y avait souvent des pages consacrées aux révélations. Nous, hélas, on n’y était jamais. Pourtant, dans un paysage aussi blanc, il n’était pas difficile de nous remarquer. Un matin, mon pote m’a dit : “C’est bon Aïssa, j’ai réussi à arracher une page.” Et on parle d’Elle, qui était un magazine féministe, se pensant à la pointe… Pour moi, c’est ça la France : une idée de soi qui est extra-valorisée et fantasmée alors que le monde est loin devant. On est à la traîne et on ne s’en rend pas compte. Imaginez : on a arraché cette page après que le journal a dit que ses lectrices n’étaient pas prêtes. J’avais l’impression d’être un épouvantail. Je trouvais ça dégueulasse. Les lectrices n’étaient pas prêtes, quoi ! J’ai quand même eu ma page et en accroche, c’était écrit : “La franco-sénégalaise”. Et là je me suis dit : est-ce que pour José Garcia, on aurait mis “le franco-espagnol” ? Nous avons arraché une page en rusant, en étant dans la stratégie, tout ça pour exister un minimum dans les filets d’un média hebdomadaire…”

8. Et sur pourquoi les producteurs ne font pas plus d’inclusion des femmes noires

“Parce que ce métier est aussi régi par la peur. La crise est passée par là en 2007. Ça a modifié le paysage. On est dans une frilosité. Il y a des raisons, des contextes, qui font que les gens se replient sur certaines certitudes. On ne veut pas cliver. On préfère prendre des gens connus et trouver les financements…”

9. “Je veux que le livre crée un débat” dit Aïssa Maïga

“J’ai besoin de m’asseoir à la table avec mes pairs, de discuter. Je veux que ça crée un débat. Ce livre est né d’un besoin de dignité dans le fait de se définir soi-même, d’interpeller les autres, ceux qui vivent les mêmes situations, de me réparer aussi. C’est un acte de réparation et une main tendue. La France a la chance d’avoir des individus qui prennent la parole. La liberté, c’est avoir le courage de dire, de mettre des mots sur des faits, d’en prendre acte. La colère répare une injustice.” déclare-t-elle à Konbini.

10. Quelques citations du livre

10 choses à savoir sur Noire n'est pas mon métier
Les co-auteures à Cannes

(Nadège Beausson-Diagne) “J’avais 21 ans, je quittais l’appartement familial, je commençais ma vie de femme, ma vie d’artiste, je sentais que tout était possible, que, comme je les avais travaillés au Conservatoire- d’où je suis sortie avec un second prix d’interprétation-, je pourrais jouer “Juliette” ou “Camille”, je me sentais héroïne de ma vie, forte et libre. Malheureusement, j’allais au cours de ces vingt-cinq années comprendre que j’étais noire avant d’être moi.”

(Aïssa Maïga) “Cette bataille, nous la menons ici et maintenant sur le terrain artistique, culturel, avec l’idée que chaque génération s’élève en apportant sa contribution à la suivante. Nous y sommes parfois acculées : ne pas résister, ne pas développer une conscience militante, citoyenne, humaine, pour s’élever contre l’injustice serait tout simplement s’effondrer moralement et psychiquement.”

(Eye Haïdara) : “Je suis naïve et c’est un choix.Je suis née en France, je suis française, les classiques font partie de ma culture. Mais j’ai conscience que, quand j’interprète un personnage de Corneille, de Racine ou de Molière, cela brouille l’écoute des spectateurs, cela la noie. Car on se demande toujours pourquoi je suis là. Il faut sans cesse le justifier. Ma présence devient alors un acte politique. Même si ce n’est pas la volonté du metteur en scène, son choix devient un geste militant.”


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