[Interview] Rencontre avec Manon Karamoko, PDG d’Unilever Côte d’Ivoire

Portrait de Manon Karamoko

 Des femmes présidentes directrices générales (PDG), il en existe très peu en Côte d’Ivoire. Notre AYANA de cette semaine,  Madame MANON KARAMOKO, en plus d’être l’une des rares femmes Présidente-Directrice Générale (PDG ) de sociétés fait partie des plus jeunes PDG de notre pays. À seulement 39 ans, Mme Manon KARAMOKO est la Présidente Directrice Générale de UNILEVER CÔTE D’IVOIRE.

Titulaire d’un Master de comptabilité  de George Washington University (Washington DC, USA), d’un Bachelor de Finance de Northeastern University (Boston MA, USA) et aussi d’une Maitrise de Management du Centre d’Etudes Franco Americain de Management (CEFAM Lyon, France), elle a été comptable senior  à  Microsoft West  and Central Africa. Elle a également occupé de hautes fonctions au sein du groupe international Novartis, un leader Suisse de l’industrie pharmaceutique.  Depuis Janvier 2018, Madame MANON KARAMOKO est la directrice financière Afrique Francophone de l’Ouest et du Centre d’UNILEVER. Et en octobre 2018, elle est devenue, en  plus de sa fonction de directeur financier, Présidente Directrice Générale de UNILEVER Côte d’Ivoire.

Dans le cadre de la célébration de la journée internationale des droits de la femme, nous  sommes allées à la rencontre de cette femme au parcours exceptionels, lors d’une action d’UNILEVER en faveur des femmes dynamiques du marché de Yopougon Wassakara.

Quel est le mot qui résume votre parcours professionnel ? Pourquoi ?

J’ai eu un parcours assez intéressant. Je suis issue d’une famille de 3 filles et de 6 garçons. J’ai grandi parmi des garçons. Très tôt, j’ai appris à me battre pour m’imposer et faire entendre ma voix. Je suis la plus jeune de ma famille.
 Au delà de cela, je me suis toujours retrouvée dans des milieux dans lesquels j’étais toujours la plus jeune. Parce que la compétence y était. J’ai dû à chaque fois me battre pour m’imposer et pour être considérée au même titre que les autres, non seulement du point de vue de ma jeunesse mais également du fait que je suis une femme.

Dans un milieu dominé par les hommes, quels sont les conseils que vous donneriez à une femme pour se démarquer et gravir les échelons ?

Une femme dans un milieu d’hommes doit rester elle-même. Elle n’a pas besoin de se comporter comme un homme pour s’imposer. Les femmes ont un plus. Il s’agit de l’intuition, de la sensibilité qui nous permettent d’être beaucoup plus flexibles, d’avoir des propositions, des solutions qui sont beaucoup plus avisées pour diriger un business.
Donc la femme dans un environnement d’hommes, en plus de ces compétences qui sont tout à fait égales à celles d’un homme, à ses qualités, cette intuition la démarque. Elle ne doit donc pas se sentir obliger de se comporter comme un homme.
Moi personnellement, je n’ai jamais essayé de me comporter comme un homme. Même si la perception des hommes est que les femmes de carrière se comportent comme des hommes. Pourquoi croit-on qu’elle se comporte comme un homme ? Non, elle agit comme un leader comme le ferai un homme de carrière.
Une femme peut rester chic, belle et sexy, sans que cela n’affecte ses compétences . Le plus important, c’est la compétence. Et la compétence est ce qu’on a dans la tête. C’est la volonté de vouloir travailler, de vouloir assurer,  ce sont ses responsabilités que nous avons que nous assurons entièrement ; sans jouer sur l’émotion pour donner l’impression qu’on est fragile. On peut être fragile mais continuer à faire son travail et peut être mieux que les autres.

A lire aussi: [Interview] Arlette Konan, créatrice de mode “Les femmes Arlett sont fortes et singulières”

Quelles ont été les 2 plus grandes difficultés dans votre carrière et comment avez-vous pu les surpasser ?

Ce sont les mêmes difficultés dont nous débattons en ce 08 Mars où nous célébrons la journée internationale des droits de la femme. Il y a d’abord le fait que je suis une femme à  un poste qui, la plupart du temps est assumé par des hommes. Il n’y a pas beaucoup de femmes PDG.
L’autre difficulté, c’est le fait que je sois jeune. Cela peut donner l’impression que la compétence et l’expérience n’y sont pas. Alors que ce n’est pas forcément le cas. J’ai commencé à travailler très très jeune. J’ai travaillé tellement fort et tellement dur. Je me suis toujours donnée à 200% dans le travail. Et c’est ce qui m’a valu d’être là aujourd’hui.

Dans la plupart des cas, je n’essaie pas de changer la perception des gens, je les laisse découvrir mes compétences et à ce moment là,  la perception sur ma personne change. Je suis quelqu’un de très relationnel. Je suis fluide avec mes équipes. Quant il s’agit de travailler évidemment, la rigueur prend le dessus. Mais quand il s’agit de célébrer ou de laisser l’équipe apprécier, je suis beaucoup plus relaxe dans le bureau. Pour moi, je passe d’un niveau à un autre sans difficulté. Cela peut être perçu comme de la faiblesse. Alors qu’en fait, ça permet de jouer avec l’intelligence émotionnelle de chacun d’entre nous. Une femme ne doit pas forcément être dure.

Unilever a décidé d’aller à la rencontre des femmes du marché de Wassakara ( Yopougon)  Quels sont les objectifs de cette journée ?

L’objectif visé par cette journée est de soutenir les femmes qui sont dans le marché. Ce sont nos mamans, ce sont nos soeurs, ce sont nos amies. Ce sont nos partenaires. Elles travaillent dur ces femmes pour ramener un revenu dans leur foyer pour contribuer à l’éducation de leur enfant. Il est important de les célébrer et de leur donner leur part aujourd’hui. Ces femmes étaient considérées avant comme des femmes qui devaient rester à la maison. Elles ont traversé toutes les barrières, parce que nous sommes dans une société très traditionnelle, pour venir vendre leur FANICO, leur BF, leur OMO, et avoir un revenu. C’est grâce à elles que UNILEVER existe. Nous avons donc estimé qu’elles méritaient d’être aussi célébrées.

Vous avez un programme de récompense des femmes de valeurs avec votre marque BF. Selon vous, qu’est-ce qu’une femme de valeur ?

Une femme de valeur déjà pour moi, c’est ma mère. Elle était infirmière. Elle a eu 9 enfants et s’est battue pour élever ses enfants pour qu’aucun d’eux ne dévie. C’est une femme battante qui ne se laisse pas faire. Quand elle veut quelque chose, elle l’obtient. Elle fait tout ce qu’elle peut pour pouvoir apporter quelque chose à la maison pour soutenir son mari, ses enfants. Jusqu’à présent, malgré le fait que nous soyons adultes, elle continue de nous assister. Elle fait son possible pour que sa famille soit équilibré.

En somme, une femme de valeur,  c’est une femme qui se sacrifie, qui sacrifie son bonheur pour le bonheur des autres. C’est une femme qui travaille, qui ne se laisse pas entretenir. C’est une femme qui se bat, qui veut ajouter une valeur à ce monde. Une femme de valeur inspire d’autres femmes pour leur permettre de devenir meilleures. Et les femmes du marché sont la réflexion totale de la femme de valeur. Elles se battent, elles sont sous le soleil toute la journée, elles mangent à peine, elles vendent des produits à la hâte, tout ça pour subvenir aux besoins de leur famille. Ce sont vraiment pour moi, des femmes de valeur. La femme africaine est vraiment une femme de valeur.

A lire aussi: [Interview] Lady Sonia, coach de vie: “Toutes les clefs sont en vous”

Votre message à l’endroit de nos lectrices ?

Je voudrais leur dire de ne pas se limiter dans la tête, le ciel est la limite. Il ne faudrait pas qu’elles se disent ” je suis une femme, c’est tout ce que je mérite. Je suis une femme donc je ne peux pas atteindre tel niveau”. Tout est possible. Il faut viser les étoiles pour pouvoir atteindre le ciel. Il faut avoir de l’ambition. C’est très important d’avoir de l’ambition. Car nous sommes aujourd’hui dans un monde, où tout le monde doit contribuer. Si dans un foyer, il y a un seul revenu, le niveau de vie va forcément se limiter à ce seul revenu.

Donc qu’elles se concentrent déjà pour s’accomplir elles-mêmes, à travers leur travail. Et c’est ce qui va leur permettre de s’accomplir dans leurs foyers et de pouvoir éduquer leurs enfants dans la paix. Aux lectrices, je dirais de continuer à se battre et de ne pas baisser les bras. Il n’y a pas encore une parité du genre dans tous les corps de métiers. Je souhaiterais qu’il y ait plus de femmes PDG, des entrepreneures…

 

Propos recueillis par RITA PASCALE KWAMINAN 


x

A lire aussi

[Santé] Le jeûne intermittent, pratique des stars pour perdre du poids
C’est bien connu le jeûne a de tout temps été utilisé et prescrit pour soulager, voire soigner divers maux. Depuis des milliers d'années, on lu...
[Job] Elevator pitch ou convaincre en moins d'une minute
Si je vous demandais de me dire ce que vous faites dans la vie en 30 secondes, seriez-vous capable de me convaincre de vouloir en savoir plus ? ...