[Interview] Nabou Fall, auteure passionnément engagée

Auteure, entrepreneur, philanthrope, Nabou Fall endosse plusieurs casquettes mais qui sont complémentaires. Elle n’hésite pas à prendre la parole pour défendre la condition de la femme africaine. Amoureuse des mots et de l’Afrique, elle donne vie à ses passions et ses combats à travers son roman, son blog et son magazine en ligne. Cette femme à l’enthousiasme communicatif et souriante a accepté de répondre à nos questions.

Quel était votre parcours avant de monter votre entreprise et de devenir écrivain ?

J’écris depuis que je sais écrire. L’écriture est un moyen d’expression pour moi, donc devenir officiellement Ecrivain fait parti du processus. Mon parcours de vie n’est pas stratifiée ni linéaire dans le temps.  J’ai travaillé pendant 15 ans dans le secteur des télécommunications à des postes de Direction. Simultanément, j’ai créé des sociétés  et j’ai eu des magasins dans différents pays d’Afrique. Il n’y avait pas autant de médiatisation et de sanctification autour de l’entrepreneuriat avant les réseaux sociaux donc c’est passé inaperçu. Pour ce qui est de l’écriture, mes articles sont publiés dans la presse depuis que j’ai 20 ans.  L’écriture et l’entrepreneuriat font partie de mon chemin de vie. Je crois fermement que chacun de nous doit s’épanouir sur le plan humain en intégrant ses passions au quotidien. L’écriture c’était mon jardin secret, ma meilleure amie, ma confidente. J’ai toujours eu un carnet de notes, des journaux intimes et des bouts de papier où je couchais des poèmes ou mes états d’âmes. Maintenant on a Facebook… rires.

Comment vous est venu le goût de l’écriture ?

J’ai perdu mon père très tôt, à l’âge de 4 ans, et cette blessure a fait de moi une personne sensible. De plus je n’avais ni frère ni sœur jusqu’à l’âge de 10 ans donc l’écriture était un exutoire, un moyen d’expression, une façon d’exister. Et pendant mon enfance, j’ai été était très  malade et je passais de longues périodes hospitalisée et les livres ont toujours été mes compagnons. Ils me permettaient de rêver, de voyager et de sortir de ma condition de malade. J’ai découvert le pouvoir des mots et leur force. Et surtout la magie des histoires. Voila certainement d’où est venu mon goût pour l’écriture.

Pourquoi avoir choisi de soutenir les femmes africaines ?

Puis-je reformuler ? La question serait plutôt : Pourquoi ai-je choisi de me soutenir ? Ne suis-je pas une femme Africaine ? Je parle de ce que je vis, de ce qui me touche et concerne mes sœurs, mes amies, mes mamans, mes filles ….Ce n’est pas un choix délibéré mais un sujet qui s’est imposé à moi. En écrivant je ne fais que partager ce que nous  vivons : nos expériences, nos frustrations, nos réalités, nos désirs, nos rêves et nos aspirations. Je ne fais que reproduire mon vécu à travers mon écriture ou les histoires de vie dont j’ai été témoin. Rien ne s’improvise. Une expression artistique est le fruit de notre réalité. De plus, il faut bien que certaines d’entre nous s’expriment au nom de toutes. N’est-ce pas ?  Néanmoins, je pense qu’il y a une universalité quant à la condition des femmes. Même si les contextes sont différents on retrouve les mêmes frustrations, les mêmes injustices, les mêmes douleurs…

 

Vous tenez un magazine en ligne, pourquoi avoir décidé d’écrire un livre ?

J’ai écrit des livres bien avant d’avoir un blog et un magazine. D’ailleurs le magazine n’est pas seulement online, il existe aussi en version imprimée. Ce n’est que maintenant que j’ai eu le courage de partager mes écrits et de publier mon roman Evasion Virtuelle. J’ai décidé de partager parce que je pense que les sujets abordés sont d’actualités et ne peuvent qu’inspirer mes sœurs Africaines.

Tant que nous sommes vivantes, nous avons en nous des possibilités que nous pouvons exploiter et des choix que nous pouvons faire pour nous même. Aucune situation  n’est le terminus de nos vies.

Quel est le message que vous souhaitiez faire passer à travers votre livre ?

Dans l’éducation que nous recevons et dans la perception de nos sociétés Africaines, une femme ne semble exister que si elle est l’épouse de son mari, la mère de ses enfants ou la fille de ses parents. Dans Evasion Virtuelle, Fanny l’héroïne principal ose faire des choix douloureux  pour trouver son chemin de vie et se réaliser en fonction de ses rêves. On a tendance à vouloir enfermer la femme Africaine dans une boite en lui appliquant des critères généraux. Moi je dis non ! Quelles que soient nos circonstances, nos frustrations, notre conditionnement mental, nous avons le pouvoir de transformer nos vies. Tant que nous sommes vivantes, nous avons en nous des possibilités que nous pouvons exploiter et des choix que nous pouvons faire pour nous même. Aucune situation  n’est le terminus de nos vies. Fanny devient courageuse et forte et j’espère qu’elle motivera des millions de  femmes à tracer leur propre voie vers le bonheur et à se réaliser.

Trop souvent nous nous cachons derrière des excuses où des raisons pour ne pas faire le pas vers notre vrai MOI. Combien de femmes talentueuses n’expriment pas leurs talents ou ont peurs d’être jugées pour leur choix ?

Il n’est jamais trop tard pour être soi même pour exprimer son authenticité et enfin exister. Osez être vous même, libérez vous de vos démons, faites face à vos  peurs. J’ai craint toute ma vie que les gens lisent mes écrits et j’ai fini par assumer cette partie de moi. Et je ne me suis jamais senti aussi libérée et libre.

Quel est le personnage qui vous a inspiré le personnage principal de votre livre ?

Fanny, et les autres personnages féminins d’Evasion Virtuelle sont un peu de moi, un peu de vous et un peu de nous toutes.  Je n’ai pas une inspiration mais des inspirations glanées par les partages, les confidences et les expériences de vie. Les protagonistes d’Evasion Virtuelle vivent sous le regard scrutateur et condescendent de la société qui a toujours un jugement à émettre sur les femmes. Fanny est le prototype de la bonne épouse qui doit se conformer aux apparences mais qui intérieurement est malheureuse et révoltée. Elle a peur du changement, elle a peur du regard des autres mais elle avance aveuglement dans une vie morne jusqu’au jour où … A vous de le découvrir dans le livre!

Vous êtes chef d’entreprise, comment passez-vous du management à l’écriture ?

Le problème c’est que le monde aime compartimenter, imposer des camps. Je ne suis pas passé du management  à l’écriture, je suis un chef  d’entreprise qui écrit. Tout Comme Amadou Kourouma était un assureur écrivain ou Senghor un politicien poète. D’ailleurs,  Evasion virtuelle est mon troisième  roman mais le seul publié. J’ai écrit le premier il y a plus de 20 ans…  Les deux activités  sont des composantes de la personne que je suis, et c’est l’essence de mon message; Trop souvent la femme doit choisir entre les rôles de mère et de professionnelle. Moi, je suis directrice Générale de Vizeo, Naboulove la  bloggueuse, Nabou Fall l’écrivain, etc. La somme de tous ces éléments sont MOI. Chacun de nous est une équation à plusieurs variables. Quand une variable manque, il s’opère un déséquilibre en nous qui se traduit par la frustration, la dépression, l’aigreur et un mal être.

A lire aussi : Sofia, So Délices : « Je me suis lancée dans l’entrepreneuriat avec 10.000 FCFA

A part votre magazine et votre livre, quelles sont les actions que vous menez pour aider les femmes africaines régulièrement ?

Je fais du mentoring au sein d’associations auprès des jeunes entrepreneurs. J’ai une association Wimnet qui milite pour la représentativité des  femmes au sein des entreprises aux postes de responsabilités.  Je donne des conférence sur divers sujets touchant les femmes et entrepreneuriat et dans ce cadre j’ai été dans de nombreux pays Africains : RDC, Nigeria, Gambie, Sénégal , Mali etc. . Et surtout ma porte est ouverte ou plutôt mon mail est ouvert à celles qui ont besoin de moi. Je pense que ce n’est qu’en donnant, en partageant nos expériences, nos erreurs, nos faiblesses et nos forces que l’on pourra impacter pour transformer nos sociétés figées dans des représentations caricaturales de la femme Africaine.

Quel est votre leitmotiv ?

Be empowered because you are powerful. Je ne sais pas vraiment comment le traduire mais cela veut dire “donner vous du pouvoir car vous êtes fortes”. On se donne du pouvoir en se formant, en s’informant, en donnant, en communiquant, en voyageant …

A part l’écriture, quelles sont vos passions ?

J’aime l’humain, communiquer, partager, échanger et apprendre des autres. Et surtout j’adore voyager. Aller à la rencontre de cultures différentes  nous enrichit et nous rend plus tolérants en nous permettant de voir le monde d’une autre perspective. J’ai remarqué que plus on comprend les autres plus on s’accepte et on s’assume. J’ai aussi une passion pour la mode et l’art Africain qui transparait bien dans Evasion Virtuelle. En effet, l’histoire est ancrée dans un environnement décoratif bien de chez nous, il en est de même pour les tenues de mon héroïne. Elle s’habille chez Pathe O ou Alphadi .  Et enfin j’adore l’Afrique du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest .

A lire aussi : [Event] Qui sont les SuperWomen de la sixième édition?

Quels conseils pouvez-vous donner aux Ayana qui souffrent au quotidien dans leurs foyers et qui n’osent pas être elles de peur du regard des autres ?

Quand elles se regardent dans le miroir, sont-elles contentes de la femme qu’elles voient. Est- elle heureuse de sa vie? Est-ce que sa vie est en accord avec ses valeurs ? Qu’a-t-elle envie de changer dans sa vie ? Qu’est-ce qui l’empêche d’opérer ces changements ?  Faire face à ses douleurs et en trouver la ou les causes et enfin avoir un plan d’action pour le changement.  En effet, combien de femmes souffrent dans leur travail, ou dans leurs amitiés et même dans leurs relations familiales. Limiter la souffrance au foyer c’est caricatural. Pour transformer nos vies, nous devons accepter d’agir et de faire le premier pas… Sans action, sans décision, sans motivation, il n’y a pas de réalisation de soi. Souvent, le regard des autres est dans notre tête, il est lié aux barrières mentales, aux conventions sociales. Vous avez le droit d’être vous-même les Ayana. La vie est un cadeau qui a une durée limitée. Quel est votre choix?

Que nous réservez-vous pour les prochains mois ?

Des rencontres  sur les thèmes du bonheur, de la séduction et surtout sur le courage d’être soi. Celles-ci se feront sous forme d’échanges autour de dédicaces du livre Evasion Virtuelle et de séminaires. Des articles, et certainement un petit livre de développement personnel d’ici Mai. Evasion Virtuelle est en cours de traduction pour mon audience anglo-saxonne qui m’a toujours soutenue depuis 10 ans que je blogue. Et d’autres surprises… Ayana étant notre partenaire, vous saurez tout en avant première. Merci beaucoup Ayana .

 

 

 


x

A lire aussi

[Interview] Marie-Alix de Putter, écrivaine: "Choisir la vie est une option courageuse"
Il y a 7 ans, au Cameroun, Marie-Alix de Putter perdait son mari alors qu'elle était enceinte de leur fille. Aujourd’hui, elle livre pour la prem...
[Portrait] Valérie Zoh Kouamé: entreprendre, une seconde nature
En 2011, Valérie Zoh Epouse Kouamé a crée sa société de communication visuelle : Eventail Publicité. Dans un domaine dominé par les hommes, Valér...