[Interview] Anna Touré, la spécialiste en relations publiques qui internationalise la mode africaine

Experte en relations publiques, stratège marketing et entrepreneure, Anna Touré est la fondatrice d’ANNA TOURE | PR, une agence de relations publiques. Après des années passées à acquérir l’expérience nécessaire, cette jeune française d’origine ivoirienne et sénégalaise lance en 2012 son agence à New-York. Son but: offrir des services de relations publiques aux marques africaines afin de les positionner sur la scène internationale. Grâce à sa multiculturalité, elle parvient aisément à communiquer de manière internationale et  sa liste de clients comprend un nombre varié de marques de créateurs exceptionnelles, de divertissements et de médias du monde entier. Parmi ses clients, la marque ivoirienne Yhebe Design ou encore la marque Afrikanista. Des marques qui ont vu leurs créations portées par des stars internationales dont Beyoncé, notamment grâce aux actions d’Anna Touré. Dans cette interview, nous discutons de son travail, de la vie d’entrepreneure et de son agence. 

Si vous devez vous définir en 3 mots, ce serait lesquels ?

En 3 mots, je dirais intuitive, persévérante et passionnée.

Quelle est l’histoire de la création de votre entreprise ?

Anna Toure PR été créée en 2012, à New York. Ça a été le fruit d’un travail programmé pendant plus de 2 ans. J’y travaille depuis la fin de mon Master. Mon but, c’était de peaufiner mon expérience en travaillant dans une agence parisienne et une autre américaine. Et, par la suite, pouvoir ouvrir mon agence selon mes termes, selon ce qui pourrait être plus adapté au marché africain. A la base, j’ai toujours voulu travailler de manière internationale, contrairement à des agences de relations publiques qui majoritairement se focalisent sur certaines régions. Par exemple, aux États-Unis, les agences de relations publiques qui sont basés à New York évoluent essentiellement sur la côte Est ou sur tous les États-Unis mais elles vont rarement vraiment évoluer à l’international ou alors à partir des bureaux dans différents pays. Moi, c’était vraiment la spécificité que je voulais donner à l’agence.

De par mon côté multiculturel, je suis sénégalaise et ivoirienne, j’ai pu évoluer au Sénégal, mais aussi en France, en Allemagne, aux États-Unis et c’était vraiment le but de mettre tout ça à profit.

Progressivement, nous nous sommes rendus compte qu’il y avait des clients potentiels qui étaient très intéressants, qui avaient beaucoup de talents et du potentiel, mais qu’il fallait travailler sur certains codes de leur image : que ce soit la présentation des collections ou l’identité de la marque, créer une identité forte et cohérente par rapport au message que ces marques souhaitent faire passer. C’est la raison pour laquelle nous avons décidé de créer un département Branding pour certains clients. Tous les clients avec lesquels nous travaillons n’ont pas nécessairement besoin de Branding.

Nous avons développé Anna Toure PR, les événements spéciaux que nous organisons pour certains clients et le Branding. Nous avons aussi un département business development par le biais duquel nous permettons à nos clients d’être achetés par des magasins à l’international qui s’intéressent à leurs créations.

ATPR fait partie de AT Groupe. AT Groupe, c’est la société en tant que telle, qui propose des services de relations publiques, business développement, et organisation d’événements spécifiques Et c’est par le biais de ATPR qu’on travaille avec tous les créateurs de mode, les marques lifestyle, les marques de beauté. Nous nous positionnons donc comme le lien entre ces marques qui sont nos clients et la presse ou les personnes publiques, célébrités qui peuvent donner une plus grande visibilité. On travaille sur l’aspect presse, présentation de marque, stratégie de marques.

Pourquoi avez vous décidé de travailler dans le domaine de la mode africaine ?

Le choix s’est fait très naturellement lorsque je lançais l’agence en 2012. En effet, en analysant le marché, mon but était d’apporter quelque chose de nouveau sur la scène internationale de la mode, dans le sens où on mettait toujours la mode africaine dans une case. On lui donnait une certaine image, on ne faisait pas ce travail transversale de se dire que la mode africaine, c’est une mode qui peut intéresser tout le monde. Pas uniquement les Africains mais elle peut s’internationaliser et donner d’autres perspectives aux créateurs africains. C’est la raison pour laquelle il était vraiment logique pour moi de mettre en avant la mode Africaine, surtout que je me suis rendue compte à l’époque, et même encore actuellement, que pour certains le travail de relations publiques restait un peu flou.

Une marque ne peut pas tout faire.

Les créateurs n’avaient pas encore conscience que c’était important et que tous les grands noms de la mode travaillent avec des agences de relations publiques ou des RP en interne pour développer la visibilité de leurs marques. Par conséquent, c’était un challenge de démocratiser ce corps de métier afin que les créateurs se rendent compte qu’une marque ne peut pas tout faire. Un créateur qui est déjà censé travailler sur ses collections, développer et faire vivre sa marque ne peut pas également gérer la communication, vendre son image, se mettre en avant. Et donc, se rendant compte qu’en Afrique, ce n’était pas un métier qui était nécessairement connu ou utilisé, c’était vraiment un challenge et une fierté pour moi de me dire que j’ai acquis l’expérience dans les différentes sociétés dans lesquelles j’ai travaillé. Pourtant, ça ne m’intéresse pas nécessairement de mettre à disposition pour d’autres marques occidentales mon expertise et mon expérience. Au contraire, je veux aider les marques africaines de la nouvelle génération à pouvoir se positionner de façon forte aussi bien que toute autre marque occidentale sur la scène internationale.

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Quels sont selon vous, les atouts que devraient avoir une femme entrepreneure?

Je dirais persévérante, hyper organisée, passionnée, réaliste, intuitive pour se protéger et toujours faire les meilleurs choix en fonction de la réalité dans laquelle elle se trouve.

Vous êtes reconnue comme une experte accomplie en relations publiques et en stratégie marketing, dites-nous quel est le secret de votre réussite professionnelle ?

Merci beaucoup.
Je pense que c’est le gros travail de veille que je fais régulièrement, je travaille beaucoup sur les stratégies et je pense que la connaissance de son marché et de son domaine aide toujours. Toujours adapter ses stratégies , adapter son travail à son environnement, à l’écosystème qui évolue, à la demande de ses clients, proposer des stratégies, proposer des choses qui vont être adaptées à nos clients, en fonction d’un besoin et en fonction de la réalité. Et je pense que c’est ce qui fait qu’on peut se démarquer, en toute humilité. On arrive à atteindre nos objectifs, parce qu’on est très réaliste avec nos clients. On fait en sorte de leur proposer des projets, des opportunités adaptées à leur besoin et à la réalité.

Aussi, tout est dans la manière de présenter la chose. Comme je le dis souvent, tout projet peut être mené à bien ou pas selon la manière dont il va être présenté à la personne qu’on souhaite «séduire ». L’engouement qu’on va avoir, le fait d’être authentique et réaliste, c’est la clé du succès. Il ne s’agit pas de doubler les gens comme on le dit de manière familière, mais faire preuve d’expertise dans son milieu.

Quelle a été la plus grande difficulté que vous avez rencontré dans votre vie d’entrepreneure ?

La plus grande difficulté qu’on peut rencontrer dans la vie d’entrepreneur, c’est peut-être pouvoir gérer les interlocuteurs qui ne vont pas nécessairement respecter leurs paroles ou respecter les engagements qui ont été pris. Le manque de professionnalisme de certaines personnes à qui on pourrait avoir affaire. Mais avec l’expérience, on sait comment gérer ce genre éventualité, en multipliant les plans B. Avec le temps, on peut mieux jauger, savoir dans quel genre de projet s’engager et dans quel genre de projet ne pas s’engager du tout. On a du flair.

Quels conseils pouvez-vous donner aux ayanas qui désirent se lancer dans l’entrepreneuriat?

Soyez passionnés. N’ayez pas peur de travailler beaucoup. Il n’y a pas de 9h à 17h en entrepreneuriat. Il faut pas que ça vous fasse peur non plus. Qui dit travailler beaucoup, dit que vous pouvez aussi avoir la liberté de prendre beaucoup plus de temps pour vous, puisque c’est vous qui contrôlez votre temps. Aussi, être hyper organisé et ne pas avoir peur de mettre la main à la pâte. Que vous soyez entrepreneur, ou que vous gériez une équipe ou que vous travailliez seul dans un premier temps, c’est vraiment s’investir à 100 % dans ce que vous faites et si vous aimez ce que vous faites, vous n’aurez jamais l’impression de trop travailler, parce que dans un premier temps déjà, vous travaillez pour vous, pour votre propre projet. Et vous allez voir les résultats des fruits très rapidement.

Analysez beaucoup avant de vous engager dans certains projets. Être intuitif. Voilà ce que je donnerai comme conseil. Prenez du plaisir, parce qu’il n y a rien de mieux ; soyez rigoureux par rapport aux finances. Grand conseil : ne confondez pas l’argent de votre société et votre portefeuille personnel. C’est très important.

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