Avoir 40 ans ne devrait pas être un drame : Entretien avec Alexandra Yonn

Portrait d'Alexandra Yonn

40 ans et alors ? Telle est la question qu’on se pose après avoir écouté la première saison du podcast “Mises en quarantaine…et sans complexes“. Dans ces différents échanges avec plusieurs femmes du continent, Alexandra Ngann Yonn déconstruit l’image de la femme africaine quadragénaire. ” [C’est] une métaphore de la quarantaine, [il] tire son essence de la nécessité pour les femmes contemporaines africaines de reprendre les rênes de leur discours pour ainsi parvenir à déconstruire l’image qui leur a toujours été attribuée, en vue de l’élimination des préjugés et des pratiques coutumières.”  La femme africaine citadine ou rurale est en proie aux maux qui minent les sociétés dites patriarcales qui; automatiquement lui présument une responsabilité en cas d’échec ou une détresse, une fois le virage de la quarantaine amorcé. Ce podcast, c’est pour toutes celles qui se sont déjà senties pointées du doigt, marginalisées, mises dans un tiroir ou condamnées.

Qui est Alexandra Yonn ?

Alexandra Yonn est une gabonaise qui évolue dans le monde des relations publiques et de la communication depuis plus de 15 ans. En 2009, elle cofonde à Libreville un cabinet conseil en Relations Publiques, et vit depuis 2017 à Douala. Active pour la cause de la femme depuis 2017, elle est la présidente de La FAQ (L’Association Femme Au Quotidien), dont l’objectif est de changer la narration concernant la femme africaine.

C’est cette association qui lance la série de podcasts #M40.

La femme est au cœur du podcast “Mises en quarantaine”, pourquoi un tel choix ?

Ça m’a pris du temps pour assumer certes, mais je suis une féministe en parfaite phase avec mon temps et mon environnement.

Et ce féminisme s’est douloureusement imposé à moi, le 6 juillet 2015, date de la disparition brutale de mon amie Myriam Mady, suite à une violence conjugale. Ce moment tragique est resté pendant longtemps suspendu dans le temps, avec son lot de conséquences, de remises en question, de sentiment de vulnérabilité et de culpabilité.

Ai-je été assez présente ? Ai-je été une bonne amie ? Autant de questions qui nous poussent à la quête de notre utilité à l’humanité.
Combien sont-elles ces femmes qui s’isolent et vivent en silence des situations que la société juge honteuses ou d’échec ? Combien sont-elles à avoir reçu comme moi une éducation ou la réserve et le silence sont le socle même de la bonne éducation ? Et comment pouvons-nous aider nos sœurs, amies et connaissances à porter des coupes qui à défaut de déborder, nous écrasent sous le poids du silence ? Bien trop nombreuses, je dirais.
À la question de savoir pourquoi un tel choix, je répondrai que je ne pouvais faire autrement. Je ne peux aborder que des sujets que je connais ou rencontre, que je comprends et surtout pour lesquels ma contribution serait effective.

D’où vous vient cet engagement féministe, en particulier le sujet de la lutte contre les stéréotypes liées au genre ?

« Chaque génération doit poser les problèmes féministes de son temps », cette phrase de Marie-Angélique Savané a été l’élément déclencheur de tout ce qui suit. Je pense que j’étais prête. Il fallait que je sache comment m’engager, militer. J’avais juste besoin d’un signe. Dans un continent où le mot « féminisme » souffre d’une connotation péjorative, il est primordial de changer la narration concernant la femme africaine.
Ce qui implique faire preuve de courage, de responsabilité, d’ingéniosité et surtout d’audace. La femme africaine n’est pas qu’émotionnelle contrairement à ce que beaucoup cherchent à nous coller comme étiquette. Mais ça, nous le savions déjà ! Il faut juste de temps en temps, nous le rappeler, avec les bons mots.

Pour vous, c’est quoi être une femme africaine aujourd’hui ?

En toute objectivité, après quasiment un an d’échanges avec plus d’une centaine de femmes issues d’horizons africains différents, la résilience et la foi restent les maîtres-mots qui définissent la femme africaine aujourd’hui, et surtout celle que je suis.

Par contre, à tout ceci, j’ajoute l’option du « choix ». Et c’est de ça dont il s’agit. Nous devons avoir le choix sans peur et sans complexes, de supporter ou non, d’aimer les autres plus que nous-même ou de s’aimer avant tout ou un peu plus.

Quelle nouvelle narration autour de la femme africaine aimeriez-vous raconter ?

Il ne s’agit pas d’une nouvelle narration bien au contraire. En tant qu’actrices majeures des grands développements sociaux économiques, réservoir de forces vives du continent, les femmes doivent reprendre les rênes de leur narration.
On dit chez nous « C’est au prix que tu te vends que l’on t’achète ». Cette maxime résume parfaitement le sens de notre objectif de « Changer la narration concernant la femme africaine ».
La croyance en la femme émotionnelle et l’homme raisonnable est ancrée dans l’inconscient collectif. C’est plus facile de dire d’elle, qu’elle réagit souvent de manière hystérique, alors que l’homme reste calme voire impassible, même dans les situations difficiles. Et Dieu seul sait oh combien de situations difficiles nous affrontons au quotidien, avec calme et sérénité. Il ne s’agit pas pour moi de se comparer aux hommes, car eux-aussi font partie de la solution. Il s’agit de récupérer notre place au-devant de la scène.

Quel est l’impact que vous aimeriez avoir sur les femmes qui vous écoutent ?

Je n’ai de cesse de dire « Si les femmes ont droit à l’écoute, il est de notre devoir qu’elles soient entendues. Le moindre murmure ou soupir ne doit en aucun cas être négligé ». Cette 1ère édition des Mises en quarantaine comprend 2 saisons qui abordent sans filtres des sujets sociétaux basés sur le genre et le tabou en Afrique. In fine, tout est quasiment tabou, même parler d’argent, de sexe, on dit c’est vulgaire ! Parler de problèmes d’infertilité, de dépression, c’est faire preuve de faiblesse. Et parler de divorce ou féminisme, quel gâchis !
Mon souhait est de créer un usage qui servira à terme de moyen pour qu’un public plus large de femmes puisse se parler, s’écouter, s’informer.
Les femmes africaines doivent s’approprier cette plateforme entièrement mise à leur disposition et en faire un usage pertinent et stratégique. Car nous savons tous que « Tant que les lions n’auront pas leur historien, les récits de chasse tourneront toujours à l’avantage du chasseur ».

La saison 1 vient de s’achever. Comment a-t-elle été accueillie par le public ?

Je suis particulièrement reconnaissante de l’accueil réservé à la 1ère saison de ce projet. C’est enthousiasmant de ressentir un tel engouement de la part de femmes mais aussi d’hommes, parce que oui je le répète, ils font partie de la solution.
Nous recevons, les participantes et moi-même, des messages qui nous encouragent et nous remercient pour autant d’empathie, de générosité et de bienveillance. Quand d’autres admirent le courage de certaines, la force des autres ou l’humilité qui habitent certains récits, il y en a qui proposent déjà d’autres sujets ou se rassurent du traitement de certains. Alors nous en sommes ravis et moi la première.

Quel est l’épisode qui vous a le plus marqué ?

Je l’ai dit à plusieurs reprises, je me suis retrouvée dans chacun des sujets abordés en toute honnêteté. Il y a ceux qui vont nous chercher bien loin dedans et il y a ceux qui nous permettent de mettre des mots sur nos propres maux. Ce projet est avant tout une thérapie pour moi qui à un moment de ma vie, me suis retrouvée dans une profonde tristesse qui m’a conduite à me poser la question sur mon utilité et le sens que je donne à ma vie. Moi qui avait quasiment tout ! C’est pour cette raison qu’à tous ceux qui découvrent le podcast, je leur recommande de commencer par l’épisode sur LE BONHEUR par Mujinga Tambwé et Vanessa Adandé. Cet épisode introduit parfaitement la quête de toutes les femmes africaines qui portent sur leurs épaules le poids de l’éducation et des injonctions.

Quel est l’épisode qui a le plus cartonné ?

Bien évidemment celui sur LE BONHEUR. Qui ne veut pas être heureux ? Sur quoi reposons-nous notre bonheur ? Après il y a eu celui sur LE CÉLIBAT qui enregistre un fort taux d’écoutes. Comme quoi hein ! Pour cet épisode en particulier, je préviens quand-même qu’il ne s’agit pas de parler des célibataires, car 20 minutes (durée moyenne d’un épisode) ne suffiraient pas (rires), mais plutôt de comprendre le célibat et de dissocier le célibat assumé du célibat subi. Car oui, nombreuses sont celles qui ne le supportent pas et pour cause !

Quelle est la prochaine étape ? Une saison 2 en cours ?

Mises en quarantaine…, c’est un beau challenge, celui d’avoir fédéré autour d’un même projet, 40 femmes africaines de 35 à 76 ans, de 8 nationalités différentes, dont des ivoiriennes, qui abordent les 20 sujets qui composent les deux premières saisons de la série. Et oui, la 2ème saison est déjà en cours de téléchargement avec des sujets tout aussi poignants et pertinents que ceux de la 1ère saison.
Au menu de cette saison, sexe, mariage et polygamie pour ne citer que ces trois là, sachant qu’il y en a 10. Je vous dis donc de restez connectés sur toutes nos plateformes de diffusion et surtout écoutez, commentez, aimez et partagez !

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