
Une 4ᵉ édition intense autour du « Mythe de la femme forte ». Revivez les moments qui ont marqué l’événement.
Il y a des discours qui donnent envie de faire plus. Et puis il y a ceux qui invitent, presque silencieusement, à revenir à soi.
À l’occasion de la nouvelle édition de Superwoman by Ayana, plusieurs voix ont particulièrement marqué les esprits. Léna, Edith Brou Bleu et Antonya ont chacune, à leur manière, déplacé la définition de ce que l’on appelle habituellement une « femme forte ».
Loin des injonctions à réussir davantage, à tout porter ou à toujours avancer, leurs interventions ont ouvert une autre réflexion : et si la force résidait aussi dans la paix intérieure, l’acceptation de soi et la capacité à rester fidèle à ce que l’on est ?
Léna : « Le fait de respirer nous donne le prestige d’exister »

Chez Léna, le propos n’était pas de chercher à devenir quelqu’un d’autre. Il était plutôt question de revenir à ce qui existe déjà en soi.
« Si je suis à un endroit, je ne me pose même pas de question : c’est que je dois y être », affirme-t-elle.
Une phrase qui résume une philosophie fondée sur la confiance en son chemin. Dans un monde où les femmes sont constamment invitées à se comparer, à justifier leurs choix et à prouver leur valeur, Léna propose une autre manière de regarder son parcours : accepter d’être là où l’on est, sans avoir besoin de tout contrôler.
Cette idée rejoint une autre de ses phrases fortes : « Le fait de respirer nous donne le prestige d’exister. »
Respirer, simplement. Exister, pleinement. Deux gestes ordinaires qui prennent ici une dimension presque politique dans une société où les femmes sont souvent valorisées à travers ce qu’elles produisent, accomplissent ou possèdent.
Pour Léna, cette valeur ne dépend pourtant ni du statut, ni du travail, ni des possessions.
« Notre intégrité n’est pas liée à ce qu’on fait et à ce qu’on a. »
Une manière de rappeler que l’identité d’une femme ne devrait jamais être réduite à son métier, son niveau de réussite, son nombre de projets ou encore son apparence.
L’alignement plutôt que la performance
Cette recherche d’alignement traverse également son rapport aux autres.
« Quand les gens ressentent votre alignement et votre paix, ils s’y alignent. »
La paix intérieure devient alors quelque chose qui dépasse l’individu. Elle peut se transmettre, influencer un entourage et créer un espace différent autour de soi.
Léna invite également à changer notre regard sur les difficultés.
« Les problèmes qui se présentent à nous sont des prétextes pour s’ouvrir encore plus aux autres. »
Dans cette perspective, l’épreuve n’est plus uniquement quelque chose à surmonter. Elle peut aussi devenir un point de rencontre, une occasion de comprendre, de partager et de créer du lien.
Une vision qu’elle pousse encore plus loin lorsqu’elle parle du traumatisme : « Le traumatisme est un cadeau collectif. »
Une formule forte, qui ne cherche pas à minimiser la douleur, mais à questionner ce que nous pouvons en faire ensemble. Transformer une expérience difficile en compréhension, en solidarité ou en transmission devient alors une autre forme de résilience.
« Le destin ne peut me dicter mon destin »
Dans son intervention, Léna a également évoqué cette tension entre ce que la vie semble nous imposer et la possibilité de reprendre la main sur son propre récit.
« Le destin ne peut me dicter mon destin. »
Derrière cette phrase se trouve une idée simple : nous ne sommes pas uniquement les conséquences de ce qui nous arrive.
Le chemin peut comporter des blessures, des imprévus, des détours. Mais il reste possible de choisir la manière dont on avance.
Pour Léna, cette liberté intérieure trouve aussi une dimension spirituelle.
« Tout est immuable, sauf la permanence de ton lien avec ton créateur. C’est ce lien qui m’a donné une sécurité intérieure. »
Une sécurité qui ne dépend donc pas uniquement des circonstances extérieures, mais d’un ancrage plus profond.
Et parfois, cet ancrage peut commencer dans des choses extrêmement simples.
« Il n’y a rien de plus puissant qu’un carnet vide, une musique douce et un moment avec soi. »
Dans cette phrase, tout est presque dit : ralentir, écrire, écouter, se retrouver. Prendre un moment qui ne sert ni à produire, ni à performer, ni à répondre aux attentes des autres.
Simplement être avec soi.
Edith Brou Bleu : et si le monde n’était pas possible sans les femmes ?

Après cette réflexion autour de l’alignement et de la paix intérieure, l’intervention d’Edith Brou Bleu a ouvert une autre perspective.
Son parcours, marqué par l’entrepreneuriat, le numérique et la création de communautés, s’inscrit depuis plusieurs années dans l’évolution de l’écosystème digital ivoirien et africain.
Mais plutôt que de multiplier les leçons ou les recettes, son intervention s’est terminée sur une question.
Une question volontairement simple, presque vertigineuse :
« Imaginez un monde sans femme. »
La phrase résonne parce qu’elle ne donne pas immédiatement de réponse.
Elle oblige à imaginer l’absence.
L’absence des mères, des entrepreneures, des créatrices, des enseignantes, des dirigeantes, des soignantes, des artistes, des chercheuses, des communicantes. Mais aussi l’absence de toutes ces femmes dont le travail, souvent invisible, contribue pourtant à faire fonctionner les familles, les entreprises et les sociétés.
Après avoir beaucoup parlé de la femme forte, de ce qu’elle doit accomplir et de tout ce qu’elle doit porter, cette question déplace finalement le regard.
Il ne s’agit plus seulement de demander aux femmes ce qu’elles peuvent encore faire.
Il s’agit de regarder ce qu’elles représentent déjà.
Antonya : réussir, mais sans se perdre

Avec Antonya, la réflexion a pris une tournure encore plus personnelle.
Car derrière la volonté de réussir peut se cacher une autre forme d’épuisement : celle de finir par ne plus savoir qui l’on est lorsque la performance devient une manière de vivre.
« On fait des choix pour réussir, pour performer, et on oublie d’être soi-même. »
Cette phrase résume une contradiction à laquelle beaucoup de femmes peuvent se reconnaître. Avancer, saisir les opportunités, multiplier les responsabilités, répondre présente… jusqu’au moment où la réussite elle-même devient difficile à habiter.
Antonya ne parle pas de renoncer à l’ambition. Elle parle de la redéfinir.
« On peut vouloir réussir, mais réussir sans se perdre. »
Une nuance essentielle. Car le problème n’est pas nécessairement de vouloir plus. Il est de savoir ce que l’on accepte de sacrifier pour obtenir ce « plus ».
Son propre rapport à la performance l’a amenée à une prise de conscience radicale : parfois, il faut arrêter de porter ce qui ne nous appartient pas.
« Je ne veux plus tout porter. Je veux porter seulement ce qui est à moi. »
La phrase fait écho au thème même de la rencontre. Pendant longtemps, être forte a pu signifier être capable de tout supporter. Pour Antonya, la véritable force commence peut-être précisément au moment où l’on apprend à faire le tri.
« Je sais faire. Mais est-ce que j’en ai envie ? »
Cette évolution se retrouve dans une autre phrase particulièrement forte :
« Je n’ai plus besoin de prouver que je peux faire. Je sais faire ! »
Une affirmation qui marque un changement de posture.
Pendant des années, la question pouvait être : Suis-je capable ? Puis-je y arriver ? Ai-je les compétences ?
Aujourd’hui, Antonya dit avoir déplacé la question.
« Aujourd’hui, je ne me demande plus : “Est-ce que je sais faire ?” Je sais faire. Mais je me demande : “Est-ce que j’en ai envie ?” »
Ce déplacement paraît simple, mais il change tout.
Il ne s’agit plus de chercher constamment à démontrer sa valeur. Il s’agit de décider ce qui mérite réellement son énergie.
Et c’est précisément là qu’Antonya situe sa définition de la force.
« Pour moi, la force, c’est la puissance qui est calculée envers ses désirs profonds. Être libre de choisir ce que je veux porter et ce que je veux laisser. »
La force ne serait donc plus la capacité à tout prendre en charge.
Elle serait la liberté de choisir.
Se regarder avec honnêteté
Mais choisir implique aussi de se connaître.
Et pour Antonya, l’alignement ne peut pas être une simple formule inspirante. Il demande un véritable face-à-face avec soi-même.
« Pour être aligné, il faut avoir le courage de se regarder dans la glace avec honnêteté. Parce qu’on voit aussi bien la noirceur que la lumière. »
Cette honnêteté peut être inconfortable. Elle oblige à reconnaître ses forces, mais aussi ses limites, ses contradictions, ses blessures et parfois les parts de soi que l’on préférerait ne pas regarder.
C’est peut-être pourtant cette lucidité qui permet ensuite de faire des choix différents.
Car ralentir ne signifie pas abandonner.
Dire non ne signifie pas être incapable.
Ne plus tout porter ne signifie pas être moins forte.
Le burn-out comme conséquence d’une vie sans espace
Antonya a également livré une image très concrète de ce qui peut conduire à l’épuisement :
« Quand on a un agenda qui n’est constitué que d’urgences, c’est le burn-out assuré ! »
Une phrase qui résume une réalité contemporaine : lorsque chaque journée est remplie de choses à régler, de personnes à satisfaire et de problèmes à résoudre, il ne reste plus d’espace pour soi.
Et parfois, la solution commence précisément par accepter de ne rien faire.
« J’avais besoin de ne rien faire, de ralentir et de me laisser une autre chance de vivre. »
Le choix des mots est important. Il ne s’agissait pas seulement de prendre des vacances ou de faire une pause professionnelle. Il s’agissait de se donner une autre chance de vivre.
Cette phrase rejoint finalement le fil rouge de toute la rencontre : la vie ne devrait pas être le prix à payer pour réussir.
Trois voix, une même invitation : ne plus se perdre pour être forte
Léna parle d’alignement, de paix et de lien intérieur.
Edith Brou Bleu pose une question qui renvoie à la place irremplaçable des femmes dans le monde.
Antonya, elle, invite à reprendre possession de ses choix et de son énergie.
Trois approches différentes, mais une même rupture avec l’ancien modèle de la femme qui doit tout supporter pour mériter d’être considérée comme forte.
La nouvelle force pourrait être ailleurs.
Dans la capacité à dire non.
Dans le droit de ralentir.
Dans la liberté de choisir.
Dans l’acceptation de ne pas tout porter.
Dans le courage de se regarder honnêtement.
Et peut-être surtout dans cette possibilité nouvelle : réussir sans se perdre.

Superwoman by Ayana aura ainsi ouvert une conversation qui dépasse largement la question de la performance féminine. Car si la femme n’a plus besoin de prouver qu’elle peut tout faire, alors une autre question devient possible :
Qu’a-t-elle réellement envie de porter ?

Et peut-être que la réponse à cette question constitue, elle aussi, une forme de liberté.


