Vanessa Bah-Leroux, l’avocate aux côtés des femmes victimes de violences

Vanessa Bah-Leroux, avocate qui lutte contre les violences basées sur le genre

Maître Vanessa Bah-Leroux est une avocate ivoirienne spécialisée en droit pénal. Après ses études universitaires et après avoir exercé quelques années en France, elle rentre en Côte d’Ivoire pour mettre son expertise au service de sa communauté. Récemment son travail a fait l’actualité avec l’affaire d’une  mineure mariée de force qui avait tué son conjoint. A l’occasion des 16 jours d’activisme contre les violences basées sur le genre, nous lui avons consacré une interview.

1-Pourquoi avoir choisi le droit pénal comme spécialité ?

J’ai un master en droit pénal des affaires qui est une spécialisation du droit pénal. Il porte sur toutes les infractions qui concernent le domaine spécifique des affaires, la responsabilité des dirigeants, la responsabilité économique, financière. Au-delà de ça, après mon master j’ai eu la chance de travailler un an à la cour d’appel de Paris au pôle économique et financier.

2-Comment définissez-vous la violence féminine ?

La violence féminine peut avoir 2 définitions. La violence féminine, c’est celle qui émane d’une femme, qui a pour auteur une femme. Dans sa seconde définition, ce sont des violences infligées aux femmes, des violences de plusieurs ordres dont les coups et blessures, l’homicide volontaire ou involontaire appliqués à la femme. Vous avez aussi les mutilations génitales infligées aux femmes dans le cadre de la tradition que Madame la ministre Constance Yaï a qualifié de violence issue des traditions prétextes. Il y a donc plusieurs types de violences qui sont infligées aux femmes et ces violences peuvent être physiques ou psychologiques.

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3-Pourquoi selon vous des femmes acceptent de rester dans un environnement où elles sont victimes de violence ?

C’est mon avis et cet avis-là se base sur les différents exemples dont j’ai pu avoir connaissance dans le cadre de mon activité professionnelle et ce qui m’a été donné de constater. Les femmes la plupart du temps quand elles sont en famille, dans un foyer ou en couple ont beaucoup de mal à partir parce que la société ivoirienne sous certains aspects, pour des raisons culturelles ou religieuses ne permet pas à la femme qui est abusée dans un cadre familial de s’en extraire. C’est très difficile de quitter le groupe de la cellule familiale ou de quitter le conjoint à cause des “qu’en-dira-t-on”, à cause du poids de la tradition, de la culture ou de l’appréhension de la femme à son avenir si elle quitte la cellule familiale ou le foyer. Ensuite, il y a aussi au-delà des aspects de tradition et de culture,  l’assujettissement économique, parce que je considère ça comme une forme de violence, qui réside dans la discrimination au niveau des revenus entre hommes et femmes. Que ce soit dans l’environnement formel, lorsque les femmes sont employées à compétence égale, elles sont moins bien payées que les hommes. Ou dans l’informel, il y a tout un pan d’activité que les femmes ne peuvent pas exercer parce qu’on ne les attend pas, on ne comprend pas qu’elle puisse le faire. Même quand les femmes sont autonomes sur le plan économique, il y a toujours une forme de tutelle sous laquelle elle se retrouve. C’est la tutelle soit de la famille donc du père, des oncles ou des frères ou alors la tutelle du mari quand elles sont dans un couple, du conjoint tout simplement. Pour toutes ces raisons là, il est très difficile pour les femmes en l’absence de structure dédiée pour les aider, de quitter la situation où elles subissent des violences. Et cela cause malheureusement des drames qui auraient pu être évitées si les femmes avaient la capacité de s’en aller.

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Me Vanessa Bah-Leroux

4-Pensez vous que juridiquement, les femmes en Côte d’Ivoire sont assez protégées contre la violence ?

Malheureusement non. Mais tout est question d’éducation. Déjà, au sein de la cellule familiale, il faut vraiment éduquer les enfants à la question de la violence et de la lutte contre les violences. Donc il faut sensibiliser la petite fille et ensuite la jeune fille sur le fait qu’elle n’est pas censée subir la violence sans réagir. Il faut également éduquer le petit garçon sur le fait que rien ne se résout par la violence.

Dans le cadre de l’instruction scolaire, il faut insister aussi pour sensibiliser les enfants tout au long de leur parcours scolaire et même universitaire sur la question de la prise en charge de la violence et de l’appréhension du phénomène. Il faut vraiment que ça soit une question qui soit dans le débat public en Côte d’Ivoire pour qu’on puisse en parler .

Je pense qu’il n’est pas admissible qu’au 21e siècle, on en soit encore à vivre des drames comme les mariages forcés, les mutilations génitales ou encore la violence domestique qui entraîne des morts ou des blessures graves.

5-Si vous devez proposer 3 lois sur la protection de la femme contre toutes formes de violence, lesquelles seraient-elles ?

Il faut vraiment œuvrer au renforcement et à la sanction effective de toute forme de violence. Plutôt que de proposer des lois pour encadrer les violences faites aux femmes, je propose que chaque citoyen soit sensible au fait qu’une femme qui se fait battre peut être votre sœur, votre amie, votre nièce, votre cousine, votre propre fille et que tout le monde se saisissent de ce sujet là pour que les sanctions soient effectives, qu’il n’y ai pas de possibilité de transiger ou de demander pardon pour abandonner les poursuites contre les auteurs de violences. Je vous assure que ça fait beaucoup de ravages chez les victimes quand il y a de l’impunité. Chaque fois qu’une personne bénéficie de l’impunité, ça la renforce dans la commission de l’infraction. C’est comme un voleur que vous n’appréhendez pas ; il se sent invincible d’une certaine manière. Il a envie que d’une seule chose, c’est de recommencer. Donc il faut vraiment que les sanctions qui sont déjà prévues par la loi soient appliquées de manière stricte, de manière indifférenciée. Parfois, on considère que dans les classes plus élevées socialement, il n’y a pas forcément de violence alors que c’est faux. La violence concerne toutes les couches sociales.

6-Un dernier mot aux Ayanas qui vivent une situation de violence

Mon dernier mot, c’est de ne pas se décourager. Ne pensez pas que vous êtes seules, vous ne l’êtes pas. Il existe des structures. N’hésitez pas à vous tourner vers la police ou la gendarmerie pour dénoncer les violences que vous subissez. Entourez-vous de votre famille. N’hésitez pas aussi à vous rapprocher de l’ordre des avocats pour vous faire assister. Il y a des mécanismes qui existent en Côte d’Ivoire et qui permettent à tout un à chacun d’avoir un avocat. C’est le mécanisme de l’assistance judiciaire donc si vous vous rapprochez de l’ordre des avocats, vous serez renseignée. Vous n’êtes pas seules, battez vous pour vous faire entendre, pour vous en sortir, votre vie en dépend.

*16 jours d’activisme  : une sensibilisation sur les violences basées sur le genre qui se déroule du 25 Novembre au 10 Décembre de chaque année.


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