Le consentement sexuel: un vrai casse-tête ?

Serions-nous en train de vivre une nouvelle vague féministe ? Ces dernières années, le mouvement #MeToo a eu un impact considérable sur la visibilité des actions militantes en faveur des droits des femmes. Plusieurs termes reviennent souvent sur le tapis. Déjà longtemps discutés des années auparavant, ils continuent pourtant à faire débat et à créer la polémique. La notion de consentement en fait partie.

Selon le Larousse, le consentement est l’action de donner son accord à une action, à un projet. Simple, non ? Alors pourquoi provoque-t-il autant de débats quand on parle de sexualité ?

 

Simple en théorie, pas en pratique

« Le consentement, c’est s’assurer que sa partenaire est d’accord pour une relation sexuelle. » m’a répondu William que j’interrogeais pour cet article. Mais quand je lui ai demandé, comment il s’assurait qu’elle était d’accord, il a marqué une pause avant de dire : « Je ne sais pas comment expliquer. (rires) Ça se sent quand elle est d’accord ».

Voilà donc où le bât blesse. En théorie, la notion de consentement est claire pour tous et pour toutes. Mais dès qu’il s’agit de la mettre en contexte, dans l’expérience sexuelle de chacun.e, elle n’est plus aussi simple. Soudainement, on perd les mots. Ça devient un concept flou.  Alors que les féministes plaident pour un consentement clair et explicite, la réalité est tout autre.

« Non mais sérieusement, qui demande « est-ce que tu voudrais bien coucher avec moi ? » à une go ? C’est tellement brutal. C’est peut-être ce qu’il faudrait faire mais ce n’est pas du tout sexy. » me disait Ismaël. Le consentement verbal, direct et explicite est jugé tue-l’amour dans l’imaginaire collectif. Pourquoi ? Parce que le sexe est considéré comme un jeu. Le désir doit être implicite, caché. Que ce soit dans les films, les livres, l’art en général promeut une « danse du sexe ». L’homme séduit, la femme résiste, il persiste, elle résiste, il l’embrasse et soudainement la femme se rend compte qu’elle aime ça ou qu’elle est amoureuse. Ne parlons même pas des films pornographiques où la résistance de la femme est plus que jamais sexualisée et où elle est prise de force. Dans la représentation collective du sexe, on ne demande pas l’avis de son ou sa partenaire pour un rapport sexuel, il faut savoir lire entre les lignes. Comment donc s’assurer réellement que l’autre partie est consentante ?

Quand le NON n’est pas entendu

Une étude du groupe NousToutes réalisée en France a montré que 9 femmes sur 10 ont déjà ressenti une pression d’un partenaire pour avoir un rapport sexuel. Malheureusement, de telles données ne sont pas disponibles pour un des pays de la CEDEAO. Une fois que le consentement n’est pas explicitement demandé ou qu’il est contraint, le risque de viols, d’agression sexuelle est décuplé. 

« Rires. On ne m’a jamais demandé si je voulais avoir un rapport sexuel. Mes partenaires ont toujours assumé que j’étais d’accord. » témoigne Bintou.

« Il n’a pas demandé mon avis. Mais je lui ai quand même dit NON. Il ne m’a pas écouté. » racontait Christine.

Le problème n’est pas seulement que le consentement ne soit pas explicite mais aussi qu’il ne soit pas écouté. Dans la majorité des cas de viols et des témoignages reçues sur Mon Histoire Compte, le consentement n’est pas demandé et il n’est pas écouté.

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Le NON ne suffit jamais en lui-même. Il faut toujours le justifier.

Il faut expliquer pourquoi on ne veut pas avoir de rapports sexuels. Le consentement est perçu comme continuel. Si elle a flirté au début de la soirée, elle est perçue comme une allumeuse si plus tard, elle n’en a pas envie. Si elle est mariée, elle est tenue d’être disposée à avoir des relations sexuelles autant de fois que son mari le voudra, et vice versa. Le désir est toujours assumé, autant chez les femmes que chez les hommes. Un « vrai » homme, dès qu’il a la possibilité de coucher avec une femme, doit être partant. La société patriarcale entend mal qu’un homme ne soit pas avide de sexe.

« Mon chéri le prend mal quand je dis que je n’en ai pas envie. Il pense que je le trompe. Du coup, j’ai pris l’habitude d’accepter même quand l’envie n’y est pas. » Bintou

« Donc quoi, on doit signer un papier avant d’avoir des rapports sexuels pour être sûr qu’elle est consentante ? Parce que je connais des filles qui sont consentantes et qui après mentent qu’elles ne l’étaient pas. » s’interroge Ismaël.

Quand le consentement se fait justice

Ismaël a soulevé un point très polémique : les faux témoignages. Après le lynchage sur la place publique de Harvey Weinstein, R.Kelly, des dénoncés de #BalanceTonPorc ou #jesuisunevictime, les hommes ont peur d’être accusés à tort. Faut dire que dans la plupart des cas de viols, c’est la parole de la victime contre celle de l’accusé. Peu d’éléments sont jugés comme des preuves à charge, notamment quand la victime n’a pu constituer un dossier médical ou lorsqu’elle porte plainte des semaines, mois ou années après l’agression.

En Côte d’Ivoire, grâce au plaidoyer des activistes féministes, le consentement est désormais pris en compte dans le nouveau code pénal de 2019. Mais les cas de viols sont toujours compliqués à résoudre. Le défaut de consentement, quand il n’est pas évident, est difficile à prouver. C’est peut-être l’une des raisons pour lesquels le ratio entre le nombre de victimes et de plaintes était de 35.8% en 2018 selon les données du Ministère de la femme, de la famille et de l’enfance.

« J’admire celles qui portent plainte. Mais je ne pense pas avoir l’argent, le temps et la force nécessaires pour me lancer dans un processus comme celui-ci. Je préfère passer à autre chose. » déclare Gloire.

Dans la loi, il n’y a pas eu consentement si celui a été obtenu par la violence, la menace, la contrainte ou la surprise. Mais et la sidération de la victime, elle n’est pas prise en compte ? Quand la victime est choquée au point d’être dans l’incapacité de parler ou de bouger. Et quand la victime préfère ne rien dire et ne rien faire parce qu’elle a peur que ça dégénère en un viol plus violent ? L’accusé pourrait dire qu’elle ne s’est pas débattue donc elle était consentement. C’est l’une des raisons pour lesquelles il est important de déconstruire l’image qu’on a du viol afin de mieux protéger les victimes. Le viol est encore perçu de nos jours comme un acte très violent, où la victime s’est débattue mais n’a pu lutter contre la force de l’agresseur. C’est souvent le cas mais pas toujours. Il faut écouter les victimes pour savoir ce qu’elles ont perçu comme un viol afin de le prévoir dans les textes de loi.

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Pour conclure, le consentement est une notion très claire. C’est notre représentation collective du sexe, du désir et du viol qui est problématique. Elle ne prend pas en compte les spécificités de chacun.e, le respect du corps et des envies de l’autre.  Alors, la prochaine fois, vous lui demandez si il.elle en a envie ?


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