Têtue…

Que vous connaissiez déjà l’histoire d’Ayana ou qu’elle vous ait déjà été racontée, avant de lire ces quelques lignes, vous aurez peut-être du mal à vous imaginer que derrière ces (bientôt) dix ans de croissance, il y a le chemin d’une jeune femme remplie de doutes, en pleine quête financière, émotionnelle et professionnelle. Aujourd’hui je peux vous l’affirmer :

Travailler sur Ayanawebzine a bouleversé ma vie…

1 ère partie

Tout commence par un rêve… Oui c’est très cliché, mais c’est comme ça.  Devenir ma propre boss !  À l’époque, en finissant mes études, je constate qu’avoir le boulot de mes rêves : directrice marketing et communication dans une grande entreprise de la capitale, ne se fera pas du jour au lendemain. Il faut se le dire, dans ce métier, les chances d’avoir une belle carrière sont étroitement liées à la capacité de développer son réseau, ses relations. Or, à cette époque, je n’étais que la fille de Lamine. Lamine, mon père, voulait que sa fille fasse médecine. Ce qui n’est pas arrivé parce que j’étais- je reste Têtue. 

En 2008, au Maroc, mon diplôme de Marketing-Communication obtenu,  comme tout étudiant, je me mets à envoyer des CVs. De retour à Abidjan, je passe plusieurs entretiens et rate plusieurs tests psychotechniques, et bien entendu, les sociétés que je souhaite intégrer ne me connaissent pas.

        2010 . Premier big chop

Après quelques tentatives, je finis par travailler comme assistante de production sur le tournage de la série Docteur Boris, sur insistance de mon ami Ismaël, qui décédera quelques mois plus tard (Paix à son Âme).

Je suis alors reconnaissante de pouvoir me lever le matin et d’aller travailler, mais on est encore loin du poste de rêve… Pendant ce temps, Lamine regarde sa ‘lifestyleuse’ de fille qui au lieu de peaufiner son CV, s’inscrire au concours de l’ENA,  travailler dans une banque, etc. reste tard sur des tournages (dont il ne comprend pas l’intérêt), ou quand il n’y a pas tournage, sort gazer* avec ses amis.

Au fil du temps et à force de travail, je finis par être recrutée dans l’agence dans laquelle, étudiante, je rêvais de travailler. On me demande de peaufiner mon CV en mettant en avant mon côté ” Lifestyle”. Enfin une boîte qui “m’accepte” ! Heureuse de faire partie de cette entreprise, je suis motivée et prête à “conquérir le monde” ! Malheureusement à mon arrivée, la boîte a des soucis financiers. Je suis payée tous les deux mois, j’effectue des tâches  (qui ne sont pas celles auxquelles je m’attendais) avec dévouement mais sans aucune visibilité sur ma carrière professionnelle, mon avenir financier …

C’est à ce moment-là que je décide de mettre en place le projet de magazine qui trotte dans ma tête depuis un moment. Posée, chez mon amie, Marie, je lui parle de mon projet qu’elle trouve génial… En plus, autour de moi, mes collègues de l’époque ont de l’expérience sur le sujet, et leurs conseils seront dès lors les bienvenus.

Commencer à travailler sur ce projet, me donne enfin le sentiment de maîtriser mon destin, qui ne dépendrait plus uniquement d’un employeur…

Je commence par faire le business plan, ensuite, je vais voir Edith, qui blogue déjà. On décide de travailler ensemble, on cherche un nom, on le trouve : LISHA (bizarre hein ? ). On commence à recruter, à chercher des partenaires, des financements. Les personnes à qui on demande d’investir, ne se sentent pas prêtes ; on ne l’est surement pas à ce moment là non plus. Mais rien ne nous arrête. Je veux un magazine de qualité, montrer la femme africaine “new generation”, de jolies photos – pas celles de google – des marques locales… Avec Edith, on se bouge ! On rencontre le maximum de personnes pouvant contribuer à cette démarche : des photographes (cc Seibou), des entrepreneurs dans la beauté ( cc Isabelle Moreno), des stylistes ( cc Isabelle Andoh-Viera , Melyjah ) …

Se mettre en marche, même quand tout va mal

Février 2011, après 6 mois de larmes, de crises de nerfs, de désaccords, de cris, de re-re-re-re- correction des sujets: c’est avec une vidéo que j’ai montée (comme une grande) et dont je suis toujours extrêmement fière qu’Ayanawebzine se lance via Facebook.

Pas de conférence de presse, pas d’affichage, pas de spot radio, pas de campagne classique! L’entreprise n’est pas enregistrée officiellement, nous sommes en pleine crise post-électorale… Mais, bref on se lance !

Les premières années, les contributeurs, rédactrices, photographes se succèdent et demandent à collaborer avec nous. Nous organisons SUPERWOMAN,  ‘Les journées des bonnes affaires’.

Ces événements exécutés avec la touche Ayana,  se démarquent de l’offre locale et sont considérés comme innovants sur le marché par les participants ; mais pas pour les annonceurs, qui n’y voient pas encore leur intérêt, et considèrent que nous touchons une niche, loin des réalités de leurs cibles.

Tant bien que mal, on continue en jonglant avec mes revenus, les partenariats et le volontariat de quelques membres de la team. Puis un jour, sans m’en rendre compte Ayana a 5 ans, et beaucoup de choses ont changé : il n’y a plus de contributeurs, plus de rédactrices… le business tourne au ralenti. Je suis déprimée.

En vérité, je ne me donnais pas le droit à l’erreur, je voulais tout contrôler, parce que j’avais peur d’échouer.

Entre temps, je suis devenue maman célibataire et toujours bonne vivante, je ne représente pas « la vraie femme africaine » : mariée, posée, avec une carrière  (que la plupart des gens peuvent comprendre) .

” Ton site qui veut faire croire aux femmes qu’elles sont trop intelligentes la !”

” Toi même, tu n’es pas mariée, tu veux que les femmes qui lisent Ayana restent célibataires  !”

Etc.

Seul mon travail pouvait les faire taire. Seule ma conviction devrait démontrer que ce site était un outil de communication par les femmes, pour les femmes. Résultat, mes premières équipes en ont souffert : la moindre erreur était un drame…  En plus, j’avais construit un bon webzine, mais pas une entreprise qui offrait des perspectives de carrière perceptibles à mes collaborateurs.

Un média de 5 ans sans équipe, malgré le temps, l’argent, l’émotion investis ? C’était le choc ! Faire ces constats, m’a détruite moralement. Il était  peut-être temps de tout arrêter…

2 ème partie

C’est quand tout est noir, qu’on voit la lumière

 

NY 60 dove Amie Kouamé
NY 2017 Expo 60 ans Dove

En 2017, alors que je travaille pour un grand groupe français, j’ai des maux de tête fréquents, des maux de ventre une fois que je dois me lever pour aller bosser, etc.  En fait, je déprime.  À plus de 30 ans, je ne suis pas là où je devrais être. Je suis dans une relation amoureuse toxique ; la même année, 3 de mes amies décèdent… et par-dessus le marché, alors que je trime pour auto-financer mon média, j’apprends l’arrivée de 2 concurrents qui eux ont “les moyens de leur politique”. On  me propose même des recommandations de profils.  Je touche le fond, je suis constamment malade, et j’ai souvent envie de pleurer.

A (re) lire : Le blues de la trentaine

C’est dans cette atmosphère qu’un jour contactée par l’agence TOTEM,  on me propose de partir à New York pour assister aux 60 ans de la marque Dove.  Ce voyage va me REVIGORER ! Entourée de femmes provenant de différents pays, ayant différentes histoires, j’écoute, j’observe, j’apprécie le moment et la chance que j’ai de le vivre.

 

Rebecca Morrin – “The stronger your are, the more beautiful you are ”
Rebecca Morrin – “The stronger you are, the more beautiful you are ”

 A lire :[ Beauté] “Dove Beauty Stories” ou 3 histoires de femmes inspirantes

A ce moment là, je me dis, que je ne devrais pas sombrer. D’ailleurs, pourquoi le ferais-je ?  La vie c’est devant ! dixit mon amie Diane Audrey N’Gako .

Si on a de la concurrence, c’est que le marché est viable – Si mon job ne me rend pas heureuse, je le change – Si la relation est toxique, c’est que je dois rompre- … Et tout s’est fait dans l’ordre pour lequel j’ai prié.

«  Si tu ne te lances pas, tu ne pourras pas voir la main de Dieu sur ta vie »- Alain A

J’ai retenu cette phrase que m’a dite un grand frère quand je me lamentais… et j’ai fini par créer Ayana et Compagnie :
Quelques mois plus tard, je démissionnais de mon travail pour me consacrer à 100% à mon projet, seule, motivée et armée de mes économies.

Six (6) mois après la création de l’entreprise, nouveau rebondissement : le comptable sous contrat ne fait pas son travail, mes équipes recrutées ne sont pas aux attentes, et je perds 80% de mes économies. Par la grâce de Dieu, l’année suivante, l’entreprise réussit ses challenges.

De façon plus personnelle, je traverse une période difficile,  enceinte et alitée,  je n’arrive pas à structurer l’entreprise comme il était prévu, ni à rencontrer de nouveaux clients… A bout,  j’ai envie d’abandonner, de redevenir salariée, je passe même quelques entretiens.

Mes ambitions, mes objectifs… ne serait-ce pas une lubie ?

Cette fois-ci, c’est voir mon équipe à la tâche qui me donne la force… Sans le savoir, leur motivation, leur soif d’apprendre, m’encourage. Je ne vais pas les lâcher.

Mon histoire avec Ayanawebzine, c’est cela. Je ne connais pas la fin, mais tout ce que je sais, c’est que j’ai grandi à force de ups and downs.  En bientôt 10 ans, j’ai appris à :

  • Lâcher prise, et faire confiance à la main de Dieu

  • Accepter que je ne peux pas être parfaite, en tant que chef d’entreprise, ou mère, ou femme…

  • Développer ma créativité, mon sens de l’observation

  • Sourire quand je suis attaquée, ou pleurer s’il le faut…

  • Être résiliente

Le 11 Février 2021, Ayanawebzine soufflera officiellement ses 10 bougies, accompagnée d’une équipe de jeunes femmes et hommes positifs, créatifs et motivés qui ne demandent qu’à vous montrer le meilleur.

A toutes nos lectrices et lecteurs des premières heures, à vous qui au fil des années avez rejoint la communauté : un GRAND MERCI ! MERCI d’avoir permis à ce magazine d’exister. L’équipe vous réserve de belles nouveautés !

Alors ? Prêt.es pour la nouvelle génération ? Rejoignez le Gbonhi* !

 

*gazer : aller en boîte de nuit. * Gbonhi: groupe – communauté 

Copyright (typographie) — Wikipédia sirfriedwil


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