Jok’Air : “Le rap ivoire, c’est mieux que le rap français”

Rhythm And Poetry. Le rap est le genre musical des poètes des temps modernes. Enfant, Jok’Air de son vrai nom Melvin Félix tombe amoureux de ce style unique. À 14 ans, il avait déjà écrit ses premiers textes et savait qu’il deviendrait rappeur. Quinze années plus tard, c’est l’un des rappeurs français les plus prolifiques et les plus populaires du moment. Son dernier single “Bonne, bonne” disponible depuis le 20 Novembre dernier, il nous accorde un entretien pour partager son univers musical. Rencontre avec un artiste à la plume originale. 

Une histoire d’amour avec le rap

Le parcours de Jok’Air, c’est une histoire d’amour avec la musique et la famille. Jok’Air grandit dans le 13ème arrondissement de Paris à la cité Chevaleret. Là, il côtoie le rap et développe un attrait pour les mots et l’écriture. Il a la chance également de découvrir des sonorités d’ici et là. Cette richesse culturelle, ce mélange de couleurs et de sons va beaucoup influencer sa plume. À 13 ans, il s’achète un micro et seul sur son ordinateur enregistre ses premiers morceaux qu’il partage à ses amis au collège. Son grand-frère Davidson découvre alors son talent et mise tout sur lui. Il est sûr qu’il deviendra une star du rap français. Il lui offre ses premiers enregistrements studio et décide de l’accompagner dans sa carrière.

Davidson joue le rôle de père, frère et manager pour le jeune Melvin.  Ce dernier prend le pseudo de Jok’Air. “ Depuis le collège, on m’appelle comme ça. Avant c’était Jok’Air AK-47 parce que mon nom de famille, c’est AKA. Ensuite, j’ai retiré le AK47 et j’ai aussi stylisé par rapport à la paire de Nike ”. À 15 ans, Jok’Air sort son premier projet, “ La Carte à jouer ” qu’il distribue dans les cités du secteur. Puis, il forme le groupe La MZ (abréviation de Mafia Zeutrei) avec une dizaine de ses amis. Managé et produit par Davidson, le groupe est finalement réduit à 3 membres : Hache P, Dehmo et Jok’Air. Pendant 10 ans, ils vont marquer le paysage musical français. Influencés par les classiques du rap français, l’actualité du rap U.S, ils se démarquent par leur flow et leur musicalité. Après l’approbation du public et des médias, de nombreuses mixtapes, deux albums dont une certification Disque d’or, le groupe se sépare en 2017. 

Jok’Air, toujours accompagné par Davidson, se lance alors dans une carrière solo. Si les fans de la MZ avaient des doutes sur cette nouvelle aventure, Jok’Air lui était confiant et déterminé. 

Aujourd’hui, je considère la MZ comme un centre de formation. Au début [de ma carrière solo], c’était difficile. Mais il fallait que j’impose mon nom Jok’air en solo dans l’univers du rap français et je pense que c’est mission accomplie.”

Un style exceptionnel

Big Daddy Jok, Jok’Pololo, Jok’Rambo, Jok’Travolta…Jok’Air multiplie les projets et impose son style musical. Ce “ sentimental ” laisse transparaître ses émotions dans chacun de ses EP et albums qu’ils considèrent comme des “ alter ego de Melvin Félix”. Entre douceur et part sombre, il navigue aisément. Il développe un style unique en utilisant des sons mélodieux qu’il combine souvent à du rap dur. Jok’Air est un poète et l’assume. Dans ses textes, il est vulnérable. Il partage ses expériences avec une transparence déconcertante et parle autant d’amour que de pauvreté ou encore de racisme. Il samplait déjà de la musique pop dans ses titres quand il était dans la MZ. Et il continue de le faire en carrière solo. D’ailleurs, son dernier titre “bonne bonne” en featuring avec le Juice est samplé sur un titre reggae de Sister Nancy “Bam Bam”. Jok’Air est un artiste ouvert à d’autres sonorités, ce qui le distingue des puristes.  Le rap de Jok’Air est-il celui du futur ? “ La direction que j’ai voulu prendre, c’est au-delà du rap hardcore ou du rap cool. J’ai voulu créer de l’originalité. Que Jok’Air ne puisse pas être mis dans une cage.

Un parti pris qui lui vaut l’admiration du public. Son titre “Las Vegas” est certifié single d’or et Jok’Travolta, disque d’or. En 2019, il est également nominé aux BET Awards dans la catégorie Révélation internationale de l’année”. 

Couverture de l’album Jok’Chirac

Jok’Air, c’est aussi un artiste prolifique. En l’espace de deux ans, il a déjà sorti 6 projets et s’apprête à sortir un nouvel album “VIème République”. Quand on lui demande quel est son processus créatif, il repond qu’il embarque sa musique partout avec lui. “ Quand je reçois les musiques de mes différents compositeurs, j’écoute en voiture, chez moi en faisant à manger, en mangeant…Et comme je n’écris pas moi-même les musiques, les paroles me viennent naturellement. J’ai la chance de pouvoir m’enregistrer seul dans mon studio. Donc, je m’enregistre et j’envoie mes voix à quelqu’un qui sait mixer.

 

À quoi faut-il s’attendre avec VIème République ?

Avec une sortie prévue pour le 11 Décembre 2020, le prochain album de Jok’Air sera consacré à la VIème République. Sur la pochette de l’album, un drapeau français et une icone de la lutte contre les bavures policières racistes : Assa Traoré, la sœur du défunt Adama. Le ton est donné ; Jok’Air se fait le porte-parole de ceux qui veulent voir du changement en France. 

C’est la société dans laquelle on vit qui est macho, ce n’est pas forcément le rap. C’est le monde dans lequel on vit. La politique est macho, le monde du média est macho, etc. Je ne comprends pas pourquoi on pointe du doigt le rap. C’est le monde dans lequel on vit. Même en Occident, je crois que c’est un problème. Parce que la dernière fois, j’ai vu que le pays où la femme est le plus représenté au monde, c’est le Ghana, il y a des femmes dans de hauts postes de la scène politique, dans les entreprises. Moi qui vais souvent en Côte d’Ivoire, je vois quand même beaucoup de femmes à de hauts postes. C’est le monde qui est macho, ce n’est pas le rap.” 

Sur l’album, il est en featuring avec Chilla, Malhaury, le Juice et bien d’autres. “ Tous les artistes que j’ai choisi pour VIème république sont des artistes que je connais bien, avec qui j’ai une certaine affinité. J’aime bien collaborer avec des gens que j’aime, qui n’ont pas forcément la lumière sur eux, mais dont la musicalité me parle. Ce ne sont pas des featurings calculés. C’est vraiment le cercle, c’est la famille.” 

Quant à la chanson qui le représente le mieux, il répond “ Je pense que c’est “elles ont trop joué avec mon cœur”. Le titre parle de lui-même.

 

” Le Rap Ivoire, ça tue “

Impossible de terminer l’interview sans demander au rappeur d’origine ivoirienne ce qu’il pense du Rap Ivoire, véritable phénomène actuellement.

” Oui ! Ça tue. C’est mieux que le rap français, quand on voit la créativité. Le nouchi, comment il est employé dans le rap Ivoire, c’est chaud. J’espère que ça va tout péter en France. Je mise beaucoup sur des nouveaux gars comme Le Sky et Mister Z. Il suffit juste que ça rentre dans des foyers français. Ce sont des mecs qui une certaine créativité, ils rappent comme personne. Un mec comme Le Sky, il rappe comme personne. Je n’ai jamais vu ça. C’est ce que je mets dans ma voiture en premier avant d’écouter du rap américain. Très vite, quand la situation mondiale va s’arranger, j’ai pour objectif de rester plus longtemps en Côte d’Ivoire et de pouvoir bosser avec des artistes locaux. Franchement, ça serait un rêve. “

 

Suivez Jok’Air sur ses réseaux sociaux (Facebook, Instagram, Youtube) et nous vous invitons à écouter Bonne Bonne sur toutes les plateformes de streaming.

 

À découvrir aussi : Entretien avec Hiro autour de son album Erratum


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