Comment Hortense Mbea valorise l’artisanat africain à travers sa marque Afropian ?

C’est le meilleur moment pour être un créatif africain. Tous les domaines artistiques sont touchés par cette vague de réappropriation de la culture africaine. De la mode à la musique en passant par le cinéma, les créatifs africains sont fiers de leurs origines et n’hésitent pas à le faire savoir au reste du monde. Hortense Mbea, entrepreneure d’origine camerounaise prend pleinement part au mouvement. Née aux Etats-Unis, celle qui a grandi en Europe avant de s’installer en Ethiopie est une véritable nomade multiculturelle. Elle représente cette nouvelle génération africaine fière de ses origines et ouverte au reste du monde. Avec sa marque panafricaine d’art de vivre Afropian, sa motivation première est de “ faire rayonner l’Afrique et de promouvoir les produits artisanaux africains. “ Elle partage à AYANA son histoire et sa vision. 

Son parcours

Hortense Mbea a toujours baigné dans la mode et l’élégance grâce à ses parents. Plus jeune, l’une de ses plus grandes joies était, lors de vacances au Cameroun, d’aller acheter des tissus avec sa mère et de dessiner des modèles qu’une couturière lui confectionnait. “ Ça me semblait si magique ! Un tissu, une idée, un croquis et voilà ! “

Après des études à Yaoundé, Lille et Birmingham, un DESS et un Master’s en poche, Hortense Mbea démarre sa carrière d’interprète en 2002 à Addis Abeba. Elle est ensuite embauchée par une organisation internationale pour laquelle elle sera interprète permanente pendant 5 ans. Son travail l’amène à découvrir encore plus l’Afrique ainsi que des artisans et artistes africains qui vont énormément l’inspirer. 

En 2017, elle décide de marquer un changement important dans sa vie en quittant l’organisation. “Je voulais profiter de ce départ pour apporter plus d’harmonie dans ma vie, de façon générale.” Elle renoue donc avec son amour pour la mode et lance Afropian.  “ Je voulais montrer la vraie Afrique, le berceau de l’humanité, la source d’inspiration du monde entier depuis des temps immémoriaux. Je voulais aider les Africains à être fiers de consommer local.

Afropian : une marque 100% Made in Africa

“ Afropian est une ode à l’Afrique toute entière. ” L’Ethiopie est le pays de cœur de Hortense Mbea mais elle le sent déconnecté du reste de l’Afrique. C’est dans une tentative de reconnexion au reste du continent qu’elle crée sa marque. “ J’ai été la première à créer ce trait d’union et j’ai depuis fait beaucoup d’émules ! Aussi, je m’efforce de rester innovante en détournant des objets. Par exemple, j’ai créé un collier, le MURSI, qui est composé d’un plateau de bouche Mursi. Ces plateaux que les femmes de cette tribu portaient à l’origine pour se défigurer et décourager les marchands d’esclaves de les kidnapper sont devenus, entre mes mains, des objets de beauté. On peut se réapproprier notre Histoire, aussi douloureuse soit-elle. ” Elle reste fidèle à elle-même et mise tout sur l’artisanat local. Toutes ces pièces sont 100% Made in Africa. 

Collier Mursi Afropian
Le collier Mursi
© Afropian

Je ne travaille qu’avec des artisans africains, basés un peu partout sur le continent: mon argent et ma soie viennent de Tunisie, mon bronze du Kenya ou de la Côte d’Ivoire, mes textiles du Cameroun, Bénin, Mali, Burkina, Congo, Ghana, Mozambique. La liste est longue.  

 

Le travail avec les artisans africains

Hortense Mbea tient à montrer qu’il est possible de produire exclusivement en Afrique, avec des matières africaines et d’obtenir un résultat qui n’aura rien à envier au reste du monde. “ Lors de mes rencontres avec ces artisans, j’ai pu voir à quel point leur travail est minutieux et artistique, mais aussi peu respecté. ” Avec Afropian, elle compte organiser des formations aux procédés artisanaux pour les deux groupes les plus défavorisés économiquement : les jeunes et les femmes. Ces formations serviraient à ralentir la disparition des méthodes artisanales locales due au manque d’intérêt de la population. 

Travailler avec des artisans basés dans différents pays représente un immense défi logistique. J’ai la chance de vivre en Ethiopie et d’être bien connectée par les vols de la compagnie nationale, mais c’est parfois plutôt sportif, surtout quand les délais sont courts. Les délais sont d’ailleurs parfois une notion assez floue pour les artisans africains. Ils ont tendance à ne pas les respecter ou à avoir des contretemps. Je pallie cela en ayant toujours un Plan B, un autre artisan qui peut faire le même travail et qui sera en standby pour prendre le relai si je me rends compte que mon premier choix ne pourra pas honorer ma commande. Je travaille en priorité avec des femmes et des jeunes africains, car ce sont les deux groupes les plus défavorisés du continent. Les femmes artisans disparaissent parfois pendant des mois car elles doivent gérer des problèmes familiaux. Les jeunes sont parfois éparpillés. Mon rôle est de centrer tout ce monde, de les amener à adhérer à la mission d’Afropian. J’ai la chance d’avoir trouvé des personnes qui partagent mon amour de l’Afrique. Je partage avec eux les succès de la marque car ce sont NOS succès. Ils sont très fiers de voir nos créations à la télé ou en ligne et ça les motive encore plus à s’investir dans leur travail. Petite anecdote: récemment, le groupe de femmes tisserandes avec lequel je travaille en Ethiopie a suivi une interview de moi à la télé. Ce groupe de femmes étaient auparavant des « femmes mules ». Elles portaient des fagots de bois des collines environnantes jusqu’à la ville d’Addis, puis elles ont été formées au tissage et me fournissent l’essentiel de mes tissés éthiopiens. Devant leur poste télé, chez elles, en famille, elles se sont exclamées: voilà notre cliente! Et bien, leurs familles et leurs voisins les regardent un peu différemment maintenant. C’est bon pour leur égo.

La solution à tous mes problèmes est d’être extrêmement bien organisée et de rester toujours vigilante. Mais aussi, de me faire aider, de déléguer à mon équipe.

Le potentiel de la mode à transformer l’Afrique et le reste du monde

La mode africaine a toujours influencé le reste du monde, mais sans aucune reconnaissance. Cela ressemble plus à du vol, de l’appropriation ou ce qu’on appelle des vautours culturels. L’Afrique est le continent que tout le monde aime piller. Mais nous sommes en train de changer cela. Nous devons prendre notre part du marché mondial. Que les créations africaines puissent rapporter de l’argent aux Africains. Je suis très encouragée de voir des créateurs comme Loza Maleombo, Diarra Blu, Maxhosa, Kibonen Nfi, Lafalaise Dion, Imane Ayissi et tant d’autres, être reconnus à leur juste valeur. Des plateformes apparaissent maintenant pour valoriser la mode africaine, des événements physiques ou des plateformes en ligne. Le mouvement Buy Black est aussi une immense opportunité pour permettre aux créateurs africains de se faire connaître dans le monde entier. Même Beyoncé nous soutient avec son Black Owned Everything qui recense de nombreux créateurs Noirs et Africains. Nous avons tellement d’histoires à raconter avec nos créations, nous sommes ce qui manque au reste du monde: authentiques, connectés avec nos racines. Et nous devons partager cela, c’est notre force. C’est ce qui nous rend uniques.

Parmi les contemporains, je suis très inspirée par Imane Ayissi. Un artiste pluriel qui porte très haut le flambeau de la culture africaine. Il représente, pour moi, l’excellence africaine dans le domaine de la création. Et il est Camerounais !

La mode peut transformer l’Afrique à différents niveaux. 

D’abord, en créant l’industrialisation: l’industrie textile et du cuir a un fort potentiel dans ce domaine. Lié à cela, nous pouvons créer des emplois tout au long de la chaîne de production. Nous participerons ainsi au développement du continent.

Ensuite, la mode africaine nous rappelle que nous pouvons être nous-mêmes et en être fiers, que nous n’avons rien à envier aux autres. C’est très important pour un peuple que de se valoriser.

Un mot aussi sur mes projets d’avenir: mon but est de créer une expérience à 360 degrés. Mode, déco, beauté et restauration. Je veux toucher tous les sens. Montrer l’excellence africaine dans tous les domaines. Je compte donc ouvrir un espace dans cet esprit très prochainement à Addis Abeba.

 

Enfin, Hortense Mbea est une fervente ambassadrice de la culture africaine. En tant que créatrice de mode, ce qui compte le plus pour elle est la qualité et le message que véhicule sa marque. Inspirée par des femmes fortes Noires américaines (Maya Angelou, Grace Jones, Eartha Kitt, Dorothy Dandrige…), elle est comme elles :  belle, noire, fière, artiste et activiste. On lui souhaite plein succès dans ses aventures. Et si vous voulez suivre le travail de la marque, rendez-vous sur :

Site web et boutique en ligne
Instagram : @afropian_official
Courriel: info@afropian.co


x

A lire aussi

Eleemane HK, artiste et attaché de presse des danseuses de Beyoncé et Rihanna
Artiste sénégalais, Eleemane HK collabore avec les danseuses de Beyoncé et Rihanna : Diddi Emah et N'qobilé. À 26 ans, il est directeur artistiqu...
[Cheveux] 9 idées de styles de coiffures pour cheveux défrisés
"I'm not my hair", autrement dit en français, "Je ne suis pas mes cheveux". India Arie l'a chanté. comme on vous le disait il y'a quelques semain...
Recevez Ayana Chez-Vous