[Interview] Pamela Badjogo: une voix engagée contre les violences faites aux femmes

Alors que depuis le confinement, le nombre de violences domestiques a grimpé, la chanteuse gabonaise à la voix soul bantue Pamela Badjogo montre une fois de plus son engagement féministe avec le titre “Respectez-nous”. Derrière la musique dansante, un réel message: le respect mutuel entre hommes et femmes peut garantir l’égalité des genres. Un titre qui vient s’ajouter à ses nombreuses prises de parole contre les oppressions que subissent les filles et les femmes au quotidien. En février 2017, elle était porte-parole du collectif “Les Amazones d’Afrique”. En 2018, elle co-fonde le colletif Moussoya yé Kobayé avec Amie Yerewolo, une rappeuse engagée. Depuis 2016, elle est marraine de l’école associative Karama, une association qui soutient les enfants des rives du fleuve Niger au Mali.Découvrez cette artiste qui met sa musique et sa voix au service de la cause féministe.

Si vous deviez vous présenter en 3 mots, ce serait lesquels?

Artiste, Féministe, Joyeuse !

Alors qu’en plein confinement, les violences domestiques augmentent, vous sortez un single militant “Respectez-nous”. Pouvez-vous nous en dire plus?

Dès le moment où le numéro 114 a explosé d’appels (une ligne verte mis en place par le gouvernement français), les vidéos de violences conjugales ont commencé à circuler sur la toile… particulièrement celle de cette dame qui tombe d’un immeuble à Abidjan. Je me suis dit que si je ne réagissais pas d’une manière ou d’une autre, je me rendais complice de tels actes. C’est comme un témoin qui voit une scène de crime et qui choisi de se taire. Pour moi, il est autant criminel que l’assassin.

Si les paroles sont engagées, vous avez pourtant choisi de les chanter avec une musique aux consonances joyeuses. Pourquoi ce décalage?

Aujourd’hui, nous menons toutes ces actions pour les générations futures. Et notre cause est universelle alors autant sensibiliser une bonne fois dans une langue de grande portée. Nos mamans ont évolué dans un système avec un patriarcat trop prononcé. Ma propre mère me demande souvent de faire doucement. Mais nos enfants ont la chance de grandir dans un environnement un peu moins fermé. Ma cible, ce sont les jeunes. Alors, le challenge était d’utiliser leurs vocabulaires et d’en faire des paroles poignantes pleines de convictions dans l’espoir de créer une émotion. Je cherchais à porter une indignation qui mènerai à une prise de conscience. Celle du respect entre hommes et femmes. Puisque c’est la base de toute relation.
En utilisant une musique d’ambiance le message est diffusé dans la bonne humeur et la joie. Et même si l’auditeur n’adhère pas à la cause, il se retrouve embarqué par celle-ci de façon inconsciente. Au final, on réussit à captiver une plus grande audience.

La cause des violences faites aux femmes est celle qui vous tient le plus à coeur. Quelle est votre histoire avec le sexisme et les violences? D’où vient votre engagement?

En Afrique, les statistiques sont difficiles à obtenir mais je m’engage à affirmer que 100% des femmes ont déjà subi au moins une fois une situation d’harcèlement dans leur vie. Adolescente, j’ai beaucoup souffert de mes formes car j’étais trop souvent accostée par des vieux. Je me souviens encore des tatas qui me disaient d’en être fière quand je me plaignais. J’en souffrais et j’en étais arrivé à m’habiller en garçon manqué pour avoir la paix. J’étais une petite fille hyper active. Je voulais grimper dans les arbres et sauter partout, jouer au foot comme mes frères. D’ailleurs, j’ai fugué à 11 ans pour aller jouer une finale de football avec l’équipe de mon collège (rires). Mais ma nature m’a valu d’être souvent taxée d’expressions un peu dévalorisante alors que je n’étais qu’une enfant résolument bien dans ma peau. En tout cas, je dérangeais. Et, jeune adulte j’étais rebelle comme pas possible. Ensuite, j’ai vécu 13 ans au Mali, la culture patriarcale et le niveau de soumission de la femme m’a semblé « too much ».  À 29 ans quand je suis tombé enceinte de ma fille, je suis rentrée dans une phase de questionnement profond. La protection et la valorisation des droits de la femme ont raisonné naturellement pour moi comme étant la lutte la plus importante de notre génération.

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Considérez-vous que la musique peut être un bon moyen de faire bouger les choses à ce niveau?

Oui, sans hésitation ! Je ne connais aucune cause qui n’a pas fait appel à la musique à un moment donné, soit pour adoucir ou raffermir les mœurs. La musique est à elle seule un langage qui a la capacité de toucher la sensibilité d’un auditeur jusqu’au cœur. C’est la raison pour laquelle je n’hésite pas à utiliser cette arme que Dieu m’a donné gratuitement.

Parlez-nous de la collaboration avec “Les amazones d’Afrique”. Comment le groupe a été formé? Comment avez-vous vécu cette expérience?

Les amazones d’Afrique sont un magnifique collectif de femmes d’horizons différentes qui se réunissent par saison pour revendiquer les droits des femmes. Je dirais sans hésitation que parcourir le monde comme porte-parole de ce collectif en 2017-2018 m’a conforté dans mon engagement et dans le métier de la musique. Nous avons laissé le flambeau à d’autres chanteuses pour une nouvelle saison et elles assurent comme des cheffes !

Ce qui nous frappe dans ce groupe, c’est la sororité, des femmes qui se réunissent autour d’une cause. Est-ce une valeur que vous prônez au quotidien?

Totalement, un proverbe africain dit qu’un seul doigt ne peut pas laver le visage. Ensemble, nous sommes plus fortes et plus nous sommes nombreuses avec des cultures différentes, plus nous touchons des publics éclectiques. C’est la force de ce groupe et c’est – je pense- la clé pour obtenir des résultats efficaces car nos gouvernements africains sont timides par rapport à notre lutte.

Votre engagement ne s’arrête pas à la musique. Vous êtes la fondatrice de “Fée-ministres”. Quelles actions posez-vous avec l’association?

Depuis 2016, je suis présidente de l’association MOUSSOYA YE KOBAYE ( la femme est précieuse). Cette association fait de la sensibilisation contre les violences conjugales au Mali en partenariat avec ONUFEMMES Mali .
Avec l’association Raphia que j’administre ici en France, nous avons effectivement mis en place un projet collectif «Fée-ministres ». Ici; 10 femmes artistes, graphistes, administratrices, journalistes, expertes comptable et communicantes dispersées dans le monde se réunissent pour débattre et proposer des solutions (France, Gabon, Mali, Sénégal, Cote d’ivoire).
Nous imaginons la Fée- ministre comme un personnage porteur d’une vision non patriarcale dans une société ultra codifiée où le genre est l’un des premiers critères.
Ce personnage est né d’une histoire racontée par l’une d’entre nous à sa fille, pour contrebalancer les stéréotypes discriminatoires et montrer que les garçons comme les filles peuvent être libres de leurs choix et sortir d’un rapport de dominant·es/dominé·es.
La première action du collectif est la création de T-shirts, dont la vente permettra de reverser une partie des bénéfices à des femmes assez courageuses pour porter plainte contre leurs agresseurs. La deuxième sera l’édition d’un livre pour enfant « La Fée-ministre » et s’en suivra d’autres projets au fur et à mesure …

Vous êtes les bienvenues si vous souhaitez vous joindre à notre folie.

Que voulez-vous qu’on retienne de votre titre “Respectez-nous”?

Je n’ai aucune prétention. Je souhaite juste apporter ma petite pierre à cette lutte qui m’habite profondément et que nous ne sommes pas encore prêtes de gagner …
Notre lutte va être longue. L’histoire nous montre qu’elle a débuté depuis le siècle précédent, mais nos filles auront des meilleurs conditions que nos mères.

« Respectez- Nous » c’est un cri du cœur pour plus d’égalité entre homme et femme.

Écoutez également Pamela Badjogo via les différentes plateformes de streaming : https://lnk.to/PB_RespectezNous

 

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