L’événement qu’il ne fallait pas rater en septembre dernier, à Abidjan, est incontestablement la deuxième édition des « Assises des Mam’anges ». Un rendez-vous essentiel pour de nombreux parents ayant vécu la perte périnatale. Sous le thème « Mam’ange, Pap’ange, tu mérites une seconde vie », cette rencontre a offert un espace de partage, d’écoute et de guérison pour ceux qui cherchent à se reconstruire après un drame aussi dévastateur que la perte d’un enfant.
Un silence à briser, un deuil à surmonter
Le deuil périnatal reste un sujet profondément tabou, en Afrique comme ailleurs. Les parents endeuillés souffrent bien souvent en silence, la société la reléguant à l’ombre. En effet, il n’y a pas de mot pour désigner un parent ayant perdu un enfant. Ce manque de terminologie montre à quel point l’idée même est inimaginable et déchirante. Pourtant, ces Pap’anges et Mam’anges existent, souffrent en silence et sont souvent démunis face à une épreuve que la société peine à reconnaître.
Clémence Kouassi, elle-même Mam’ange et fondatrice de l’association Mam’Ange Connect, a créé cet événement pour offrir une voix à ces parents invisibles. En leur donnant une plateforme pour partager, elle brise le silence et tend une main vers la guérison.
Intervenants : des voix pour éclairer et soutenir

Au programme de cette 2e édition des Assises des Mam’Anges, il y a eu des interventions de professionnels de santé, d’accompagnants et de coachs. Ils ont partagé leur expertise sur la manière de surmonter le deuil périnatal.
Dr. Quenum, gynécologue obstétricien, a ouvert la conférence en expliquant les réalités médicales autour des pertes périnatales, tout en mettant l’accent sur l’importance d’un suivi émotionnel et psychologique pour les familles.
Le professeur Odile Pohann, psychopédagogue, a approfondi le thème du deuil en rappelant que « le travail de deuil n’est pas d’oublier, c’est d’apprendre à vivre avec une absence ». Il est essentiel de reconnaître que chaque deuil est unique, que chaque parent réagit différemment et qu’il n’existe pas de formule magique pour surmonter cette épreuve. « Ce qui a fonctionné pour l’un peut ne pas fonctionner pour l’autre », a-t-elle précisé, soulignant la singularité du cheminement de chaque individu.

Le Dr. Okou Théa David, généticien moléculaire clinique, a quant à lui évoqué les troubles génétiques pouvant être à l’origine des pertes périnatales. Il a apporté un éclairage scientifique précieux pour aider les parents à comprendre les causes possibles du drame qu’ils ont vécu, tout en insistant sur l’importance de consultations génétiques pour prévenir ou comprendre certaines situations.

Coach Yoman Jean-François, coach certifié, a clôturé l’événement avec une intervention très attendue sur « 5 façons de surmonter le deuil ». Selon lui, la plus grande force mentale qu’un parent puisse développer après une telle perte est d’accepter de se relever. Il a mis l’accent sur la nécessité d’apprendre à revivre, à se reconstruire, sans oublier l’enfant perdu, mais en intégrant son souvenir dans une nouvelle vie. « Il ne s’agit pas de trahir son enfant en revenant à ce qui vous rendait heureux, mais de retrouver une nouvelle forme d’équilibre », a-t-il affirmé, encourageant les participants à s’accorder la permission de revivre.
Se reconstruire après la tempête
Une des idées maîtresses qui a marqué cette journée est l’importance pour les parents endeuillés de se reconstruire, non pas en dépit de leur perte, mais en intégrant cette absence dans leur quotidien. Il est essentiel de comprendre que revivre ne signifie pas oublier. Comme l’a souligné Clémence Kouassi, « redevenir la femme qu’on a été, et faire mieux », est une forme de résilience. La reconstruction passe aussi par la réaffirmation de soi dans la sphère familiale et professionnelle. Pour celles et ceux en couple, raviver la flamme, se comprendre sans minimiser la douleur de l’autre, est un travail de longue haleine, mais nécessaire pour éviter les incompréhensions qui mènent parfois à des séparations.

Un soutien précieux : les groupes de parole et l’entourage
Le rôle de l’entourage a également été évoqué à plusieurs reprises au cours des échanges. Il est essentiel que les familles et amis de Mam’ange et Pap’ange soient présents, non pas pour donner des solutions, mais pour écouter et accompagner, car le travail de deuil est un processus très personnel. Chaque phase du deuil doit être vécue pleinement, et cela ne peut se faire sans une bienveillance sincère.
Le soutien psychologique, que ce soit à travers des groupes de parole ou des consultations individuelles, est également une aide précieuse. L’association Mam’Ange Connect propose des espaces d’écoute où les parents peuvent exprimer leur douleur sans jugement, un lieu où ils ne sont plus seuls dans leur souffrance.

Le deuil périnatal : une journée pour en parler
Le 15 octobre, lors de la Journée internationale du deuil périnatal, l’importance de parler du deuil périnatal sera une nouvelle fois soulignée. En effet, il est essentiel de continuer à sensibiliser le public sur cette douleur que beaucoup traversent en silence. « Mettre des mots sur ce que l’on ressent » est un des premiers pas vers la guérison, et chaque parent doit pouvoir trouver l’accompagnement qui lui convient pour y parvenir.
L’édition 2024 des Assises des Mam’anges a été un moment de recueillement, de partage, et surtout d’espoir. Un espoir que, malgré l’inimaginable, une seconde vie est possible.



