Dans les coulisses du Parlement gambien, le débat fait rage autour d’une proposition visant à légaliser l’excision. Les initiateurs justifient cette proposition par un besoin de conformité aux coutumes et aux traditions.
Malgré la ratification du protocole de Maputo sur les droits des femmes et des filles dès 2005 et la courageuse interdiction de l’excision en 2015, une proposition de loi est actuellement discutée au Parlement gambien. Elle est portée par des parlementaires et des leaders religieux. Ils invoquent les coutumes et traditions, cette proposition de loi vient dépénaliser l’excision.
C’est le député Almameh Gibba a lancé la première « les hostilités » en introduisant le texte controversé en première lecture le 4 mars dernier. Depuis, les discussions enflammées ont été renvoyées à une seconde lecture prévue pour ce lundi 18 mars 2024.
Hors de l’hémicycle, les débats font aussi rage. La société gambienne est elle aussi montée au créneau. Certains appellent à la levée de l’interdiction, arguant de la tradition et du droit à pratiquer leurs coutumes/religions. En face, de nombreuses organisations de la société civile exhortent le gouvernement à maintenir une position ferme. Dans cette frange se trouve la juriste et défenseure des droits humains, Fatou Jagne Senghor.
Cibler les femmes de manière aussi violente, cela nous inquiète beaucoup (…) Tout le monde sait que l’excision est vraiment une violation grave de l’intégrité physique et mentale des femmes et donc c’est vraiment un grand recul pour les droits des femmes. C’est aussi un recul pour la démocratie, tout simplement parce que les droits des femmes constituent un des piliers de la démocratie. Il faut rappeler que les femmes gambiennes ont joué un rôle important dans la lutte contre la dictature. La transition que nous avons eue, c’est aussi l’œuvre des femmes.
Pratique de l’excision en Gambie
En Gambie, 76 % des femmes âgées de 15 à 49 ans ont subi des mutilations génitales (données de l’Unicef). Et la pratique de l’excision reste largement répandue parce qu’encouragée par certains groupes religieux. Le Conseil islamique suprême, par exemple, a émis des avis favorables à la « circoncision féminine », arguant de son importance dans l’islam. Quand on sait que l’excision a des conséquences graves pour la santé des femmes, tant sur le plan physique que mental, tout au long de leur vie, ces chiffres soulignent la nécessité de maintenir l’interdiction de l’excision. De sorte à protéger les droits fondamentaux des femmes et des filles.
L’excision ne se résume pas à une simple tradition. Elle constitue une violation flagrante des droits fondamentaux des femmes, reconnus de par le monde. Il est de notre devoir à tous et à toutes de protéger nos filles et nos sœurs contre cette pratique barbare.



